Le 4 mai, deux des principaux fabricants de « traitements anti-obésité », Novo Nordisk et Eli Lilly, ont été sanctionnés par l’Agence nationale du médicament (ANSM) pour des publicités incitant à se tourner vers leurs produits, actuellement non remboursés par la Sécurité sociale. Ils vont devoir payer respectivement 1,7 million et 108 000 euros d’amende pour avoir mené deux campagnes promotionnelles « grand public » pour inciter à la prise de leurs traitements basés sur l’injection régulière de molécules comme le sémaglutide, qui agissent comme des « coupe-faim » sur l’organisme humain en lui délivrant un message de satiété. Mais ces médicaments peuvent provoquer des nausées, des diarrhées et plus rarement des effets graves sur le système digestif. Du coup l’ANSM a décidé de ne l’autoriser en France que sur ordonnance d’un médecin spécialiste en endocrinologie-diabétologie-nutrition. Ces traitements sont onéreux : entre 170 et 360 euros par mois pour le Wegovy produit par Novo Nordisk, entre 200 et 300 euros pour le Mounjaro d’Eli Lilly. Ceux-ci sont devenus en quelques années des stars sur les écrans et les réseaux sociaux, car les groupes qui les produisent consacrent des budgets record à leur promotion. Ainsi à l’été 2024, la publicité pour le Wegovy de Novo Nordisk était une des publicités les plus vues aux États-Unis après celle pour… Burger King !
Avec plus d’un milliard de personnes dans le monde atteintes d’obésité, dont 890 millions d’adultes, c’est un business King Size. En l’espace de trente ans, le taux d’obésité a plus que doublé chez les adultes et quadruplé parmi les jeunes. Une aubaine : ces traitements sont conçus pour être pris sur le long terme. Si l’on arrête, le poids revient. C’est un modèle économique parfait pour l’industrie pharmaceutique capitaliste : transformer un problème de santé publique en une rente mensuelle. Depuis 2022, le danois Novo Nordisk a battu des records de capitalisation boursière avant de se faire mordre les croupières par son principal concurrent américain Eli Lilly. En France, 48,8 % de la population est en surpoids ou en obésité, et 18 % souffre plus spécifiquement d’obésité (soit 10 millions de personnes, dont la majorité parmi les classes populaires). Franchir le cap du remboursement par la Sécu est donc un des objectifs des labos pour augmenter leurs ventes. D’un côté les grands groupes agro-alimentaires qui arrosent de sel et de sucre tout ce qu’on mange et inondent les supermarchés de produits ultra-transformés, de l’autre les groupes du médicament qui disent produire l’antidote… la boucle est bouclée.
Dans l’épidémie d’obésité, qui frappe en premier lieu les classes populaires, ce qui est en cause, c’est le coût par rapport aux salaires de la nourriture de bonne qualité – viande saine, légumes frais.Attaquer le problème à la racine, c’est donner les moyens – financiers, humains, culturels – de s’alimenter correctement.
Une vraie médication, immédiate, contre l’obésité, ce serait l’augmentation de tous les salaires !
Marie Darouen