La sortie du rapport sur l’audiovisuel public, ou « rapport Alloncle » du nom de son auteur, a été approuvée par la commission parlementaire. La droite et l’extrême droite l’ont soutenu tandis que les macronistes se sont abstenus, « pour ne pas empêcher [sa] publication », dixit Gabriel Attal, en précisant que cela ne veut pas accord de fond. Oui, bien sûr !
Les médias publics sont déconnectés des préoccupations des Français. Charles-Henri Alloncle, élevé à Versailles, passé par Sciences Po Paris et HEC, startupper parisien avant d’être député de l’Hérault, est bien placé pour le savoir. Pendant les six mois d’existence de sa commission, il aura multiplié les effets de tribune, les embrouilles, les approximations, toujours rivé à son portable pour tweeter en direct les « révélations » dont il avait l’origine. Il a subi quelques remontrances, de beaux moments de solitude et s’est permis un ou deux caprices… bref, une vraie télé-réalité.
Au-delà de l’ambition de son initiateur et de ses talents indéniables pour la mise en scène, cette commission avait pour objectif de mettre la réforme de l’audiovisuel public au centre du débat. Et c’est un succès. Le rapport Alloncle prévoit un mélange de privatisation et de formatage qui sert déjà de référence programmatique à l’extrême droite et qui pourrait inspirer le ou les futurs candidats du centre.
Privatisation : ciao les sports, les chaines et stations orientées vers la jeunesse comme France 4 ou Le Mouv’, ciao les divertissements notamment ceux de Nagui, l’animateur gentiment macroniste qui s’est retrouvé dans le collimateur du député-inquisiteur, ciao la culture, avec la disparition du double orchestre de Radio France ou des documentaires de France 5. Tout cet audimat et les recettes publicitaires qui vont avec doivent revenir aux médias privés.
Formatage : les journalistes de l’audiovisuel public, déjà pas bien énervés, seront soumis à un devoir de réserve strict, le même que pour les autres fonctionnaires, l’extrême droite étant, et c’est bien connu, le parti de la liberté d’expression. Sybile Veil, la patronne de Radio France, parle d’une mise au pas – et elle s’y connait en la matière : c’est elle qui a licencié Guillaume Meurice il y a deux ans !
Derrière cette attaque contre les médias publics, la volonté est clairement de faire taire toutes les voix dissonantes et dissidentes. Mais si on décidait d’élever un peu le ton, nul doute qu’Alloncle et ses semblables cesseraient instantanément de japper.
Bastien Thomas