
Huit personnes, dont trois sont décédées, ont été contaminées par un virus de rongeurs à bord d’un navire de croisière. L’affaire rappelle qu’en coupant les financements de la recherche et de la santé, les capitalistes sont les premiers responsables d’un risque épidémique.
Un virus peu connu du grand public qui se transmet de l’animal à l’homme, une transmission entre humains par voie respiratoire, des cas contacts qui portent la maladie sans la déclarer, un risque important de décès chez les malades… Nous ne sommes pas en mars 2020, à l’apparition du virus responsable du Covid-19, mais bien en mai 2026. Malgré l’ampleur de la dernière pandémie, peu de choses semble avoir changé dans la gestion des risques épidémiques.
Cinq jours après avoir quitté Ushuaïa, un premier cas d’infection s’est déclaré à bord du MV Hondius, affrété par la compagnie néerlandaise Oceanwide Expeditions et parti d’Argentine le 1er avril. Son décès a été annoncé le 11 avril par le capitaine du navire qui précisait que « ses problèmes de santé ne sont pas contagieux », sans indiquer la nature de la maladie. Des propos proches du déni, qui rappellent ceux des gouvernements lorsque les premiers cas de Covid-19 ont atteint les pays impérialistes.
On a vite appris que ce virus, l’hantavirus andin, a pour hôte naturel des rongeurs d’Amérique du Sud, notamment le rat nain des rizières à longue queue. Il se transmet à l’humain par contact direct avec les animaux ou, plus probablement, avec leurs excréments. Une fois chez l’homme, il se transmet par les voies aériennes et attaque les voies respiratoires, avec un risque de mortalité pouvant aller jusqu’à 50 % selon l’épidémiologiste Raul Gonzalez Ittig, cité par Le Monde.
Très vite, le déni a laissé place à la fébrilité chez les dirigeants quand a ressurgi la crainte de revivre une nouvelle pandémie. Après s’être renvoyés la balle pour savoir qui accueillerait le navire, ils ont déployé l’artillerie lourde : tenue complète de protection, désinfection, protocole d’isolement des malades… L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a beau indiquer que le risque de contamination est « modéré », on ne peut s’empêcher de penser que, de toute façon, la première réaction des autorités est toujours de minimiser le risque.
Car la solution pour éviter et anticiper les épidémies est connue depuis longtemps : investir dans la recherche et la santé. Dans un entretien au journal Le Monde, le virologue Gustavo Palacio, spécialiste des hantavirus, rappelle que « si nous ne nous inquiétons pas suffisamment, […] nous ne demanderons pas à nos autorités […] d’investir pour nous protéger contre ce type de risques ».
Ce sont pourtant bien ces autorités qui sont responsables, en fermant les yeux sur les négligences sanitaires des patrons, en laissant proliférer le commerce d’espèces sauvages au bénéfice des plus riches, en entassant des animaux dans des grandes exploitations, et en rognant sur les fonds de l’université et de l’hôpital. Pendant ce temps, les risques de pandémie sont toujours plus élevés.
Simon Costes