Nos vies valent plus que leurs profits

Le petit Nicollin et ses copains ont du souci à se faire

Gare de Lyon Part-Dieu, 4 mai, vers midi. Manifestation dans la gare. Sifflets, vuvuzelas et pancartes : « services aux PMR, travailleurs précarisés », « dignité pour les agents », « on veut vivre, pas survivre », « non à la différence des salaires », « même travail, même respect »… Les salariés de N’Assist, en charge de la bagagerie et de l’assistance aux voyageurs en situation de handicap, sont en grève pour leurs salaires, leurs conditions de travail, et des embauches.

Ils sont un peu plus d’une dizaine à défiler, en compagnie de quelques cheminots. Un peu plus tôt, des agents du nettoyage étaient passés aussi les soutenir sur le piquet devant leur service. Au total, les grévistes sont une vingtaine, soit quasiment tous les CDI… et même quelques CDD. Ici, pas de préavis obligatoire : certains hésitaient encore le matin même, avant de rejoindre le mouvement en voyant leurs collègues mobilisés. « Ici c’est une famille », résume une agente. Cette petite équipe est restée soudée au fil du temps face à la dégradation des conditions de travail, malgré les tentatives de division de la direction.

Les revendications dépassent en effet les seules augmentations de salaire : les grévistes demandent aussi l’embauche en CDI des CDD et la fin des écarts de traitement entre anciens et nouveaux salariés. Des différences qui se sont accentuées au fil des appels d’offres : c’est le groupe Nicollin qui a remporté le dernier, il y a un an, sur la promesse d’une « réduction de 20 % des coûts de fonctionnement ». Concrètement : stagnation des salaires malgré l’inflation, et taux horaire des nouvelles embauches toujours plus proche du Smic !

La responsabilité de la SNCF en tant que donneuse d’ordre ne fait de doute pour personne. D’autant que certains, nouveaux embauchés et primo-grévistes, se sont retrouvés là après avoir déjà été eux-mêmes baladés dans le grand mercato des prestataires. Dans les coins, certains évoquent les mobilisations contre les réorganisations à la SNCF, ou encore la possible bagarre à venir de salariés d’autres boîtes sous-traitantes, comme autant de possibilités d’un « tous ensemble »…

Ce serait sûrement la meilleure voie à suivre. Pour l’heure, les N’Assist ont déjà su relever la tête, se montrer et prouver leur unité. Et même donner quelques sueurs froides à petits et grands chefs : la direction de Gares & Connexions a fait descendre des cadres le jour même pour effectuer les prestations à leur place… et rebelote les jours d’après, au cas où ça repartirait ! Les travailleurs combatifs ont de quoi faire trembler tous leurs patrons, directs et indirects, et n’ont probablement pas dit leur dernier mot.

Claire Lafleur