Nos vies valent plus que leurs profits

Un aménagement de classe pour une société de classe

Si une partie de la pluie s’infiltre dans le sol à son arrivée sur le sol, l’autre ruisselle, pouvant provoquer des inondations directement ou indirectement (par débordement de cours d’eau par exemple). Cette séparation entre infiltration et ruissellement dépend des propriétés du sol, la végétation et la biodiversité y jouant un rôle important. Dans leur interaction constante avec l’environnement, nos sociétés modifient ces propriétés, notamment avec le développement anarchique des villes et la course au profit dans l’agriculture.

Une urbanisation pour leurs profits…

Dictée par les profits, l’agglomération de la main-d’œuvre à proximité des usines et des bureaux, le développement d’infrastructures pour soutenir l’échange toujours plus important de marchandises, la construction de nouveaux complexes industriels et commerciaux, conduisent à une imperméabilisation des sols. Un exemple marquant outre-Atlantique concerne les inondations qui ont suivi l’ouragan Harvey en 2017. Le surplus de précipitation imputé au changement climatique n’a fait que démultiplier les effets néfastes de l’urbanisation irrationnelle dans le bassin de Houston qui, à lui seule, est responsable d’une augmentation de plus de 50 % en moyenne des débits dévastateurs1 !

En plus de l’imperméabilisation des sols, les zones humides sont aménagées et le tracé des rivières est redessiné artificiellement, ne permettant plus au surplus temporaire d’eau de trouver des zones propices à ce débordement, le temps qu’il s’écoule dans l’océan. Ce ne sont pas des lois dites « zéro artificialisation nette » qui nous sauveront : les députés ont déjà voté cette année « d’assouplir » la trajectoire pour permettre la construction de projets industriels « d’intérêt national » !

Cette artificialisation irrationnelle, s’appuyant amplement sur le béton et le bitume, augmente chaque année : rien qu’en Europe, ce sont 48 m2 d’espaces naturels et agricoles qui sont ainsi urbanisés2 à chaque seconde. C’est sûr, les patrons du béton se frottent les mains : avec une production annuelle en hausse exponentielle, leurs actionnaires s’assurent un avenir radieux… pour eux !

De côté de l’agriculture, les champs sont regroupés, supprimant les haies et la végétation capable de ralentir les ruissellements et de permettre à l’eau de s’infiltrer. C’était le sens de la politique de remembrement agricole en France dans la deuxième moitié du XXe siècle.

… qui expose les plus précaires !

Cette amplification des inondations s’accompagne d’un accroissement de l’exposition des classes populaires se retrouvant en première ligne. Les logements dans les zones inondables sont moins chers (de 10 % en Occitanie3), offrant la possibilité à une partie des moins aisés d’accéder à la propriété. Les assurances se font un malin plaisir de profiter de cette exposition pour augmenter leurs marges (via des suppléments de tarif importants, comme aux États-Unis ou bien le recours à l’État pour financer les pertes comme en France).

Baptiste Marleau

 

 

1  https://iopscience.iop.org/article/10.1088/1748-9326/ab5234
2  https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/visuel/2025/10/01/visualisez-le-betonnage-a-grande-echelle-de-la-nature-europeenne_6643818_4355770.html

3  https://www.inrae.fr/sites/default/files/pdf/4-pages_prix_hédoniques_inondations_2022.pdf

 

 


 

 

Sommaire du dossier paru dans le numéro 57 de Révolutionnaires