L’organisation capitaliste de la société crée sans cesse les conditions de ces catastrophes, qui n’ont de naturelles que le nom : en amont, en détruisant l’environnement et, en aval, en laissant les habitants sinistrés livrés à eux-mêmes. Une gestion de la ville respectueuse de l’environnement et de ses habitants supposerait une planification à long terme, en envisageant toutes les conséquences potentielles des choix. Comme dans la santé, mieux vaut prévenir que guérir. Cela suppose dépasser l’horizon borné des capitalistes qui se limite à quelques années voire à quelques mois. Leur devise, c’est, comme toujours : « Après moi le déluge ! »
Pour combattre ces catastrophes, il faudrait également organiser l’aménagement du territoire à une échelle qui ne soit pas uniquement celle d’un quartier ou même d’une ville. Les décisions prises à l’échelle d’une ville donnée ont, de fait, des conséquences sur celles qui se situent en aval du même fleuve, et les solutions choisies à un endroit peuvent aggraver les problèmes ailleurs. Il est impossible de changer en profondeur l’organisation des villes tant qu’on se soumet aux lois du marché et du profit, qui font obstacle à la planification.
Pourtant les connaissances et la bonne volonté ne manquent pas, que ce soit celles des scientifiques (écologues, géographes), des spécialistes en urbanisme ou des associations de riverains. D’ailleurs, de nombreux projets de prévention des inondations existent déjà dans des métropoles importantes, en France et dans d’autres pays, qui prouvent qu’il est possible de vivre à côté des fleuves sans les polluer ou mettre en danger les habitants. Cela passe notamment par la végétalisation des zones autour des fleuves, par des dispositifs qui s’adaptent mieux à la forme des cours d’eau, qui permettent à la fois de mieux absorber l’eau des pluies et de limiter les dégâts des crues. Mais ce n’est pas pour le moment une politique systématique et les méthodes habituelles de bétonisation restent la norme. Les moyens manquent également, dans un contexte de coupes budgétaires et de quête effrénée de réduction des coûts du côté des capitalistes. C’est encore plus flagrant dans des pays sous-développés.
Non seulement la population ne peut compter que sur elle-même en cas de catastrophe, mais elle ne peut faire confiance qu’à ses mobilisations pour empêcher les prochaines, avec l’aide des spécialistes. La qualité de la vie est en cause partout. C’est un enjeu de vie ou de mort pour les millions d’habitants des pays les plus exposés qui risquent du jour au lendemain de tomber dans le dénuement le plus complet à cause de catastrophes tout à fait évitables.
Robin Klimt
Sommaire du dossier paru dans le numéro 57 de Révolutionnaires
- Alerte, la planète prend l’eau !
- Inondations et changement climatique : un avenir sombre et incertain
- Un aménagement de classe pour une société de classe
- Des compagnies d’assurances noyées… sous les profits
- Déluges et crues en Asie du Sud et du Sud-Est
- Tempêtes hivernales en France : les travailleurs en première ligne
- Inondations de Valence : une catastrophe qui n’a rien de naturel
- Face aux inondations, comment éviter le naufrage ?