Dans l’historiographie officielle française, le Front populaire est associé aux congés payés, aux premières « vacances à la mer », aux « jours heureux »… Pourtant, les années 1930 ont surtout été une décennie d’intenses affrontements entre le prolétariat et la bourgeoisie.
L’accession de Hitler au pouvoir en janvier 1933 donna des ailes à l’extrêmedroite mondiale. Le 6 février 1934, sur fond de scandales de corruption éclaboussant la classe politique, une centaine de milliers de militants fascistes et d’anciens combattants attaquèrent l’Assemblée nationale à Paris, un peu à la manière des trumpistes s’en prenant il y a cinq ans au Capitole. Ils firent tomber le gouvernement et exercèrentnt une pression à droite sur le nouvel exécutif, qui s’attaqua aux maigres droits sociaux de l’époque.
Dans l’État espagnol, le général Franco, qui s’était déjà illustré par les répressions contre les grèves de mineurs, organisa un coup d’État contre la République récemment proclamée.
C’est au nom de la lutte contre l’extrême-droite et de la défense de la démocratie que les partis communistes ont élaboré la politique de « front populaire », c’est-à-dire d’union avec le Parti socialiste, mais aussi avec des partis bourgeois comme le parti radical.
Or, face à l’extrême droite, la classe ouvrière n’est pas restée sans combattre. Les années 1934-1936 ont au contraire vu une remontée des luttes ouvrières partout en Europe, mais aussi aux États-Unis et dans les pays colonisés. Bien loin de permettre à ces mouvements de se développer pour en finir avec la société d’exploitation et d’oppression qui engendre le fascisme, les coalitions de « front populaire » ont au contraire œuvré de tout leur poids à canaliser ces luttes et à mettre les classes ouvrières à la remorque de leur bourgeoisie.