1931–1939 : la guerre que la classe ouvrière a perdue
Le Front populaire, qui gagna les élections espagnoles de février 1936, réunissait des partis républicains et des partis ouvriers : Parti socialiste (PSOE), Parti communiste (PCE), Parti ouvrier d’unification marxiste (Poum, communiste anti-stalinien), et les principaux syndicats, la CNT (anarchiste) et l’UGT.
1931-1934 : une vague de révoltes
En 1934, face à une première offensive de la droite monarchiste contre la jeune République, proclamée en 1931, une grève générale révolutionnaire dans les Asturies avait permis à l’Alliance ouvrière des anarchistes, communistes et socialistes, de proclamer une république socialiste. Elle fut écrasée dans le sang par le général Franco. À Barcelone, la Gauche républicaine avait proclamé l’autonomie catalane ; le président de la Généralité, Lluís Companys, fut emprisonné.
Trotski attribuait la défaite asturienne à l’absence d’un parti communiste révolutionnaire capable d’unifier la classe ouvrière autour d’un plan de prise du pouvoir ; en Catalogne, il estimait que le mouvement national aurait pu devenir révolutionnaire si les ouvriers en avaient pris la direction.
Guerre civile et auto-organisation
Le 18 juillet 1936, les militaires d’extrême droite déclenchèrent un nouveau coup d’État contre le Front populaire et la République.
Le gouvernement, au nom de la légalité, refusa d’armer le peuple. Mais les ouvriers prirent les armureries et formèrent des milices, empêchant le putsch à Madrid, Valence et Barcelone.
Des pouvoirs ouvriers et paysans surgirent partout : collectivités agricoles en Aragon, réquisitions d’usines à Valence, contrôle ouvrier des nœuds ferroviaires à Madrid, prise des domaines agricoles en Andalousie, comités gérant la vie quotidienne dans chaque village où le putsch avait échoué…
Le prolétariat ne luttait plus seulement contre le coup d’État, mais pour sa propre émancipation.
Le Front populaire contre la révolution
En octobre 1936, la CNT anarchiste accepta d’entrer au gouvernement ; son dirigeant Fábregas approuva notamment un décret encadrant les collectivisations. En mai 1937 à Barcelone, la CNT, la Fédération anarchiste (FAI) et le Poum dénoncèrent cette politique, se réarmèrent et dressèrent des barricades. Companys, impuissant, remit ses pouvoirs au gouvernement central en échange d’un appui aérien. Après des jours d’affrontement, les directions de la CNT et du Poum appelèrent au désarmement.
Le PCE, lui, envisageait le Front populaire comme un instrument de la politique de coexistence entre l’URSS et les puissances occidentales : Staline envoya des armes, mais chercha à éviter que la révolution sociale nuise aux relations diplomatiques avec la France et la Grande-Bretagne. Pour le PCE, il fallait « d’abord gagner la guerre, puis faire la révolution », ce qui conduisit au démantèlement des organes du pouvoir ouvrier et à réprimer, emprisonner et assassiner les dissidents, comme le secrétaire du Poum, Andreu Nin.
Avant même la victoire militaire de Franco, en privant les paysans et les ouvriers de leurs conquêtes, le Front populaire désamorça la mobilisation de masse.
Extrait d’un article d’Alberto Lavín : « 1931-1939 : la guerra que perdió la clase obrera », publié le 28 février 2026, sur le site de nos camarades d’Izar (izarrevolucion.com)