Arrivé en tête, sans majorité absolue, aux législatives de 2024, le Nouveau Front populaire a suscité l’enthousiasme de bien des milieux militants, avec le soutien de la CGT, de Solidaires, de la FSU, et même la participation d’organisations qui se réclament du changement de société, comme le NPA-L’Anticapitaliste.
Son programme était pourtant bien fade : retraite à 62 ans, avec 60 ans comme « objectif », Smic à 1 600 euros brut, pas d’interdiction des licenciements, ni de régularisation de tous les sans-papiers, pas plus de remise en cause du militarisme…
Certaines de ses composantes, comme le PS ou les Écologistes, ont elles-mêmes mené des politiques patronales, racistes et impérialistes sous la présidence de Hollande, et, avec le PCF, sous les gouvernements de Mitterrand et de Jospin… Avec la participation de Mélenchon, alors membre du PS !
Ailleurs dans le monde, on ne compte plus les coalitions de gauche qui, au pouvoir, ont suscité la désillusion.
En Grèce, le parti antilibéral Syriza réunissait des courants de la gauche radicale et des militants des mouvements sociaux. Arrivé au pouvoir en 2015, il a dû imposer des politiques d’austérité au bout de quelques mois. Au Portugal, l’alliance du PS, du PC et du Bloc de gauche a nourri des espoirs similaires dans l’électorat ouvrier et populaire, en vain. La droite est revenue au pouvoir en Grèce en 2019 et au Portugal en 2024, avec une montée de l’extrême droite sans précédent depuis la fin de la dictature en 1974.
Le gouvernement espagnol de coalition du PSOE et de Sumar (parti large auquel participe notamment le PCE) est souvent cité en exemple dans des milieux de gauche. Il n’en augmente pas moins les budgets militaires et n’hésite pas à réprimer les grèves et les mouvements sociaux.
Comment croire qu’il en aurait été autrement en France, avec un attelage de partis ouvertement capitalistes ou qui, comme le PCF et LFI, prétendent parvenir avec la bourgeoisie à de bons compromis en faveur des classes populaires ?
Les capitalistes tiennent l’économie sans être élus. Aucun gouvernement, si sincère soit-il, ne leur imposera de recul sérieux. Encore moins des gouvernements d’alliance entre partis ouvriers et bourgeois.
Jean-Baptiste Pelé