Dimanche 7 juin La France insoumise (LFI) a tenu son premier meeting de campagne à Saint-Denis, préfecture du département le plus pauvre du pays, où le candidat LFI Bally Bagayoko a été élu au premier tour. Des milliers de participants de tout le pays ont afflué dans ce lieu emblématique de cette diversité des classes populaires que Mélenchon a détournée en la baptisant « nouvelle France », pour écouter Annie Ernaux, prix Nobel de littérature, Éric Vuillard, prix Goncourt, puis Mélenchon.
Le contraste était saisissant entre ce meeting populaire et les tribunes VIP du Grand prix de Formule 1 de Monaco où Bardella avait accompagné la duchesse des Deux-Siciles. Ce n’est pourtant pas l’appartenance au monde du travail qui était revendiquée par LFI mais la référence nationaliste incessante à « la France ». Lors de mobilisations antiracistes, de nombreux jeunes issus de l’immigration ont tenu à proclamer : « La France, c’est nous ! », ironie vis-à-vis des franchouillards. Ironie qui a disparu dans la formule de Mélenchon.
Les organisateurs avaient veillé à ce que, à chaque évocation de la « nouvelle France », des centaines de drapeaux tricolores soient agités dans l’assistance. Un drapeau dont ces mêmes responsables savent très bien qu’il est celui de la France des militaires, de la France colonialiste, celle des puissants et des réacs.
« La France », c’est aussi bien Macron ou Bolloré que le boulanger ou le collègue de travail. C’est un fourre-tout qui ignore délibérément l’abîme qu’il y a entre un ouvrier de Stellantis et la famille Peugeot. Et qui ignore la fraternité qui doit exister entre le même ouvrier de Stellantis Mulhouse et un ouvrier de Stellantis Rüsselsheim, en Allemagne.
Mélenchon n’a pas appelé son mouvement « Travailleurs insoumis », et ce n’est évidemment pas un hasard. Dans ce meeting, rien sur le pouvoir d’achat écrasé par la hausse des prix. Rien sur les moyens de combattre les conséquences de la crise qui s’annonce. Rien sur le fait que beaucoup de familles populaires ne peuvent pas se permettre d’attendre des lendemains qui chantent en pariant sur une élection dans un an. Mélenchon veut bien les suffrages des travailleurs, mais ne s’adresse pas à eux en tant que tels. Quand il va dans une usine, comme à l’usine Dassault de Cergy en janvier dernier, c’est pour faire l’éloge des produits du marchand de mort.
Alors, dans cette campagne présidentielle, il faudra que d’autres proposent à la classe ouvrière, aux travailleurs en général, un programme de lutte contre le capitalisme et ses conséquences, qui n’attende pas sagement le verdict des urnes mais entre immédiatement en action. C’est le sens de la candidature ouvrière et révolutionnaire de notre camarade Selma Labib, en binôme avec Gaël Quirante.
Jean-Jacques Franquier