
L’invisible Madame Orwell, d’Anna Funder
10/18, 528 p. 9,90 €
Depuis quelques années, plusieurs livres sont parus sur les compagnes de « grands hommes » pour souligner leur rôle essentiel – et ignoré, voire occulté – dans l’émergence des idées de leur compagnon. Une lectrice nous signale l’ouvrage d’Anna Funder, L’invisible Madame Orwell, et nous fait parvenir sa recension de l’ouvrage que nous publions ci-dessous.
Pourquoi lire L’invisible Madame Orwell d’Anna Funder ?
Pour découvrir comment Eileen, sa femme, a permis aux textes de George Orwell d’être ce qu’ils sont.
Pour réaliser que, sans partenaires à leurs côtés, qui assurent la matérialité de la vie quotidienne et assument les situations exceptionnelles, les écrivains parviendraient difficilement à créer une œuvre.
Pour éviter de faire partie des trentenaires qui, dit George Orwell dans Pourquoi j’écris, « renoncent à leurs ambitions personnelles […] et se consacrent essentiellement aux autres, quand ils ne sont pas tout simplement écrasés par le train-train quotidien ».
L’autrice, parce que son projet d’écriture vient se heurter à ses rôles de mère, d’épouse et de professionnelle, démontre dans cette biographie comment Eileen a renoncé à sa part créative et l’a mise à disposition de son compagnon. Elle fait ainsi apparaître le rôle fondamental qu’a joué Eileen tant dans l’écriture d’Hommage à la Catalogne que dans celle de La Ferme des animaux. Elle nous révèle une compagne prête à faire face à tous les dangers pour sauver George Orwell et d’autres militants de l’Independent Labour Party (le Parti travailliste indépendant), proche du Poum, en les faisant sortir d’Espagne quand Staline lançait ses sbires à leurs trousses pour trotskisme. Elle nous montre son courage, sa ténacité et son abnégation.
La position de l’autrice est clairement revendiquée : le livre analyse les mécanismes du patriarcat, « comment les hommes peuvent s’imaginer innocents au sein d’un système qui leur bénéficie et qui coûte aux autres », et la façon dont l’Histoire invisibilise les femmes.
M.-O. V.