Nos vies valent plus que leurs profits

Centre hospitalier du Rouvray (76) : le désastre et le drame

Dans les services de psychiatrie, la chaleur est montée jusqu’à 36 °C et a frappé patients et soignants, touchés autant les uns que les autres par des coups de chaud provoquant des malaises. Les seuls endroits climatisés étaient les bureaux de la direction… On a eu droit à une nouvelle déco à base de couvertures de survie scotchées aux fenêtres. Résultat : la chaleur pénètre quand même et les couvertures de survie maintiennent la chaleur dans l’enceinte des unités. Pour remédier à ça, nos cadres ont eu la gentillesse de nous acheter des Mr. Freeze pour nous rafraîchir ! Déjà qu’il a fallu se battre pour que les patients aient une bouteille d’eau et un brumisateur chacun, on se passera de l’hypocrisie managériale. La pénurie de soignants est bien connue, mais celle des ventilateurs et des clim fut une découverte. Une guerre qui ne se joue pas entre les différents services de psychiatrie comme voudrait le faire croire la direction, mais bien entre eux et nous. Et ça les collègues l’ont bien compris puisque quand il n’y avait apparemment plus de ventilateurs pour les patients, eh bien certains sont allés les chercher dans les bureaux de la direction. Une fois de plus, les travailleurs et travailleuses ont dû s’organiser eux-mêmes pour garantir la sécurité des patients. Des salons télé de 20 m2 transformés en réfectoire pour 25 patients, des serviettes humides sur les plus fragiles et des draps sur les fenêtres sans volets. Malheureusement, ces moyens du moindre mal n’empêchent pas des situations qu’on aimerait éviter. Dans un service de long séjour de psychiatrie, un patient est tombé dans un coma hyperthermique et a fini en réanimation avec un pronostic vital engagé. La réponse du sous-directeur le lendemain du drame, c’est qu’il ne faisait pas si chaud dans le service en question. C’était la goutte de trop et les soignants du service n’ont pas hésité à partager la sueur de leur front en tête à tête avec lui.

 

 


 

 

L’UMD m’a tué

Ce sont ces mots que Pierre a écrits avant de s’immoler par le feu le 19 juin sur le parking de son ancien service, l’Unité pour malades difficiles (UMD). Soignant et militant du collectif des Blouses noires, Pierre a été licencié par la direction du centre hospitalier du Rouvray il y a deux ans au cours d’un arrêt maladie.

Ce passage à l’acte sur site est bien révélateur des souffrances liées et causées par le travail. En 2018, les Blouses noires dénonçaient déjà des conditions déplorables d’accueil des patients et de travail des soignants en psychiatrie. En 2026, ces conditions n’ont pas changé. La durée de vie professionnelle d’une infirmière fraîchement diplômée est réduite d’un an tous les ans avant de quitter définitivement l’hôpital public, les suicides chez les internes se multiplient, les unités de soins sont délabrées, les patients sont maltraités faute de budget et de personnel suffisants.

La direction essaye d’étouffer l’affaire. Sauf que ce suicide et le scandale de la pédopsychiatrie toujours d’actualité sont difficilement oubliables pour les travailleurs et travailleuses de l’hôpital. Depuis le début d’année, plusieurs rassemblements se sont tenus, pour protester contre les conditions de la réouverture d’une nouvelle unité pour enfants. Le bâtiment jugé insalubre et les équipes en sous-effectif majorent les souffrances psychiques des enfants accueillis. Le suicide de Pierre ayant déclenché une vague d’arrêts maladie à l’UMD, la direction implore les soignants des autres services de venir sauver les meubles. Là où la santé mentale est censée être au cœur des soins, celle des soignants est bien laissée pour compte.

Même si le deuil est présent, la volonté de se battre contre ce système pourri, où les travailleurs payent l’exploitation au prix de leur vie, doit trouver les moyens de s’exprimer largement.

Correspondante