
Il y a quelques mois, l’histoire de Majdouline B., infirmière à la Pitié-Salpêtrière et adhérente de SUD, révoquée pour « port de calot », avait suscité un important élan de solidarité dans les services comme sur les réseaux sociaux. Sa situation faisait manifestement écho aux nombreuses vexations et discriminations subies à l’hôpital, et au-delà, dans de nombreuses entreprises. À ses côtés, Blandine Chauvel, co-secrétaire de la section syndicale SUD de la Pitié-Salpêtrière, mène depuis des mois la lutte contre ces procédures arbitraires, discriminatoires et racistes. Après plusieurs rassemblements et une victoire en référé, la révocation de Majdouline a été annulée. Mais l’AP-HP s’est acharnée et l’a suspendue huit mois. Le procès continue, l’affaire sera jugée au fond dans quelques mois.
Mais ce combat n’a pas plu à la direction de SUD AP-HP. Cherchant sans doute à se débarrasser des sections opposées à sa politique de « dialogue social » – au point qu’une ancienne secrétaire générale du syndicat a rejoint la direction de l’AP-HP… tout en restant sur les boucles internes du syndicat –, elle a saisi l’occasion pour exclure Blandine au motif d’avoir soutenu les collègues sanctionnées pour leur calot.
Prenant conscience que sa position est difficilement défendable au sein de Solidaires, la direction affirme désormais que l’exclusion serait motivée par les activités politiques de Blandine, candidate du NPA-R à la Mairie de Paris en 2026. Une grossière tentative de diversion. D’abord parce qu’elle est loin d’être la seule, au syndicat, à faire de la politique – comme des millions de travailleurs, et tant mieux. Ensuite parce que les faits sont têtus : la véritable raison de son exclusion est son engagement aux côtés des collègues sanctionnées pour leur calot.
La direction de SUD AP-HP a tout fait pour freiner cette mobilisation. En témoignent ses communiqués, où elle réaffirme son « attachement à la République et au principe de laïcité » et souligne ne pas valider « l’entorse aux règles de la fonction publique » (lesquelles ? le calot, obligatoire dans de nombreux services, n’est en rien un signe religieux). Elle est même allée jusqu’à geler les comptes des sections ayant financé les honoraires d’avocat et à exiger que les militants les remboursent sur leurs deniers personnels.
En réalité, la direction du syndicat a choisi de valider l’instrumentalisation de la laïcité qui sert aujourd’hui de masque aux campagnes racistes de l’extrême droite, ainsi que d’arme au patronat pour humilier, diviser et affaiblir les travailleurs. À l’inverse, le « Cahier revendicatif » national de Solidaires dénonce « le dévoiement de la laïcité au service de mesures sexistes, racistes, et plus spécifiquement islamophobes ». Une position partagée par de nombreux syndicats et fédérations de Solidaires, qui ont apporté leur soutien à Blandine. Reste à savoir qui, des uns ou des autres, a sa place au syndicat.