Nos vies valent plus que leurs profits

Palestine

La reconnaissance de la Palestine par Emmanuel Macron à l’ONU a provoqué des réactions diverses et variées dans la classe politique. Les macronistes, et Olivier Faure pour le Parti socialiste, l’ont qualifiée un peu vite d’ « historique », alors qu’avant Paris plus de 140 pays l’avaient déjà reconnue depuis sa proclamation par Yasser Arafat en… 1988. Mieux vaut tard… À gauche Roussel, pour le PCF, et Mélenchon, pour la France insoumise, parlent de « victoire » mais ne s’attardent pas sur ce que ce geste va concrètement apporter aux Palestiniens. Et tous de défendre la solution à deux États qui, même si elle se réalisait (ce qui est hautement improbable) ferait de l’État palestinien une espèce de bantoustan d’Israël. À droite et à l’extrême droite, on s’aligne sur Netanyahou en affirmant que cette reconnaissance favorisera le Hamas. Tout en nuance. En fait le geste tardif de Macron et de ses compères européens, qui ne s’accompagne d’aucune sanction à l’égard de l’État sioniste, ne changera rien à la situation du peuple palestinien qui ne peut compter pour survivre que sur sa lutte et la solidarité de la classe ouvrière internationale.

L’association France Palestine Solidarité vient de porter plainte contre des Franco-Israéliens accusés de se rendre complices de crimes de guerre et contre l’humanité en participant et soutenant la colonisation dans les territoires occupés par Israël. La plainte, déposée lundi contre X au parquet national antiterroriste, compétent en matière de crimes contre l’humanité, identifie au total six personnes qui pourraient être poursuivies. Elle vise plus particulièrement deux colons franco-israéliens et leurs organisations, proches de l’extrême droite israélienne. La plainte s’appuie sur des dispositions du Code pénal français qui répriment en tant que « crimes contre l’humanité » des actes comme « la déportation ou le transfert forcé de population », les « persécutions » ou la « ségrégation », lorsqu’ils sont commis « en exécution d’un plan concerté à l’encontre d’un groupe de population civile dans le cadre d’une attaque généralisée ou systématique ». On ne sait pas si cette plainte aboutira, mais elle a au moins le mérite de mettre une fois de plus en lumière la politique d’apartheid menée par l’occupant sioniste à l’encontre de la population palestinienne.

Les États-Unis ont une nouvelle fois bloqué l’adoption par le Conseil de sécurité de l’ONU d’une résolution appelant à un cessez-le-feu immédiat, inconditionnel et permanent à Gaza, ainsi qu’à la levée des restrictions sur l’aide humanitaire et à la libération des otages. La résolution a recueilli 14 voix pour et une contre (celle des États-Unis qui ont un droit de veto). C’est le sixième veto américain depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza. L’adoption de la résolution n’aurait pas changé grand-chose sur le terrain et n’aurait pas empêché Netanyahou de poursuivre son génocide. Mais c’est à nouveau une démonstration de la volonté de Washington de soutenir jusqu’au bout Israël qui a renforcé son rôle de pièce maitresse dans la stratégie de l’impérialisme américain au Moyen-Orient.

Alors que le carnage continue à Gaza, l’Union européenne, premier partenaire commercial de l’État sioniste, a annoncé par la voix d’Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, qu’elle envisageait de suspendre « partiellement » l’accord d’association UE-Israël. Cette suspension ne concernerait que 37 % des échanges, principalement ceux concernant les importations de produits agricoles comme les dates et les noix. Mais les produits à forte valeur ajoutée – comme les médicaments ou les articles de haute technologie – ne seraient pas concernés. En outre des ministres israéliens et des colons « extrémistes » seraient interdits sur le sol européen. Mais attention rien n’est fait. La suspension de l’accord commercial nécessite en effet une majorité qualifiée (15 États membres représentant 65 % de la population de l’UE) pour être adoptée et les sanctions contre les personnes l’unanimité des 27 États membres. Autant dire que Netanyahou n’a pas trop de mauvais sang à se faire de ce côté-là. Le génocide se poursuit et l’Union européenne continue de se croiser les bras.

Alors qu’Israël a lancé la deuxième phase de son offensive terrestre contre Gaza City, avec deux nouvelles divisions en direction du centre de la ville ravagée, la commission d’enquête du Conseil des droits de l’homme de l’ONU vient de confirmer, après nombre d’autres organismes internationaux et d’ONG, le caractère génocidaire de la guerre menée contre la population gazaouie. La commission a également accusé des hauts responsables israéliens, dont le Premier ministre Benyamin Netanyahou, le président Isaac Herzog et l’ancien ministre de la Défense Yoav Gallant, d’avoir incité à commettre un génocide et de ne pas avoir pris de mesures pour l’empêcher. Il n’y a que Macron pour affirmer avec cynisme qu’il ne se prononce pas sur la question et qu’il laisse aux historiens le soin de trancher. Il attend sans doute qu’il n’y ait plus un seul Palestinien en vie pour parler de génocide.