Le 24 avril, un sommet « informel » des dirigeants de l’Union européenne (UE) s’est tenu à Chypre. En plus de décider, en présence de Zelensky, l’octroi d’un prêt à l’Ukraine de 90 milliards d’euros, les dirigeants de l’UE se sont penchés sur le sort du Moyen-Orient. Tous étaient contents de la présence du président libanais Joseph Aoun et de son récent homologue syrien, Ahmed Al-Charaa, ainsi que du dictateur égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, ainsi que du prince héritier de Jordanie Hussein, présence qui peut donner l’illusion que leur avis importe sur le terrain. Dans la réalité, tout le monde sait que les véritables décisions se prennent à Washington, quand elles ne sont pas déléguées au gendarme local israélien.
Le cessez-le-feu au Liban, paraît-il imposé par Trump à Netanyahou, et les négociations ouvertes à Washington entre représentants israéliens et libanais, n’empêchent pas l’armée israélienne de poursuivre ses bombardements sur Beyrouth comme dans le sud du pays, sous prétexte que la lutte contre le Hezbollah ne fait pas partie de l’accord de cessez-le-feu opportunément signé avec les factions libanaises hostiles au Hezbollah. Car le Liban est un pays morcelé, une mosaïque de populations artificiellement divisées en « communautés » religieuses réparties sur des territoires sous contrôle de véritables seigneurs de guerre. L’armée « nationale » libanaise n’est rien d’autre que le bras armé d’une de ces factions, incapable de s’imposer aux autres, en particulier au Hezbollah.
Les bombardements israéliens sur le Liban – qui ont fait, selon le ministère de la Santé libanais, plus de 2 000 morts, 7 000 blessés et des millions de déplacés – sont destinés à réduire les capacités militaires du Hezbollah, sinon à néant, du moins à un niveau gérable par la faction au pouvoir. Mais aussi à semer la terreur dans la population pour la dissuader de seulement espérer pouvoir peser sur son destin.
L’armée israélienne poursuit donc ses raids. Après avoir bombardé tous les villages d’une zone « tampon » en pénétrant sur plusieurs dizaines de kilomètres en territoire libanais, elle déploie ses bulldozers pour détruire la moindre habitation, le moindre bâtiment. Non sans avoir laissé soldats et réservistes piller les maisons, emportant meubles, tapis, motos, ainsi que le quotidien israélien Haaretz et son confrère libanais L’Orient-Le Jour l’ont révélé, après confirmation par des commandants israéliens.
Macron prétend faire la leçon aux dirigeants israéliens sur leur comportement au Liban ainsi qu’en Cisjordanie et à Gaza. Et préconise de financer le renforcement de l’armée libanaise pour pouvoir désarmer le Hezbollah. Une politique guère différente de ce que Netanyahou et Trump font sur le terrain et que les dirigeants européens, Macron en tête, se gardent d’autant moins de condamner sur le fond qu’elle sert fondamentalement leurs intérêts.
J.-J. F.