
Obsession, film de Curry Barker (2026)
Avec Obsession, Curry Barker signe un film d’horreur psychologique où le fantastique sert de terrain d’exploration des relations humaines, en s’intéressant moins aux monstres qu’aux attentes et aux frustrations qui traversent le couple. Derrière son point de départ surnaturel, il interroge les attentes que les femmes et les hommes projettent sur l’amour, et la manière dont ces attentes peuvent devenir profondément aliénantes.
Nikki (Inde Navarette) tente désespérément de communiquer avec Bear (Michael Johnston), un homme incapable de voir la détresse qu’elle essaie de lui exprimer. Plus que d’être aimée, elle cherche à être reconnue. Barker filme avec une grande justesse cette spirale où le besoin d’être comprise se transforme en obsession parce qu’il se heurte sans cette à l’indifférence, à la minimisation, à la non-perception par Bear de ce Nikki tente de lui dire et de lui montrer.
En parallèle apparaît une autre obsession, cette fois masculine : celle d’un homme qui ne désire plus une femme mais l’idée qu’il s’en fait. Nikki devient pour Bear un objet de fascination, un être qu’il veut voir correspondre à ses propres attentes, sans jamais prendre en compte ses désirs et sa liberté. Le film parle moins d’un individu que d’un mécanisme plus large où le désir masculin en vient à primer sur l’expérience féminine.
Ces deux obsessions racontent chacune à leur manière les effets du patriarcat sur les rapports amoureux, où les femmes apprennent à attendre la validation masculine tandis que les hommes apprennent à considérer leur désir comme plus important que celui des autres. Le surnaturel et l’horreur, agissant comme une loupe, rendent visibles des dynamiques psychologiques qui, dans la vie quotidienne, restent souvent diffuses. Ils grossissent des comportements ordinaires et révèlent toute la violence qu’ils contiennent.
Les monstres les plus inquiétants ne sont pas toujours ceux qui surgissent de l’horreur et du fantastique. C’est cette manière de transformer des déséquilibres intimes en véritable cauchemar qui donne à ce film toute sa portée. Une œuvre aussi captivante qu’inconfortable, à découvrir absolument.
Martin Eraud