La crise de l’ordre mondial capitaliste est dans une phase de multiplication des affrontements militaires et des guerres contre les peuples qui traduisent l’accentuation des rivalités entre impérialismes. L’impérialisme dominant, les États-Unis, tente de reprendre la main suite à la fin de sa domination sans partage révélée par le krach financier de 2008 et face à la montée de concurrents impérialistes, notamment la Chine mais aussi la Russie qui participe avec l’invasion de l’Ukraine en 2022 à banaliser le règlement des rivalités impérialistes par la guerre.
Les États-Unis usent de leur avance militaire pour contrôler les flux de l’économie mondiale. Leurs alliés (Japon, UE) sont sommés de s’aligner. Face aux pays pauvres, les armes de l’ingérence politique (Chili, Argentine, Philippines, Indonésie), des pressions économiques et stratégiques (Sri Lanka, Inde, Pakistan) voire de l’embargo (Cuba) précèdent des interventions militaires directes qui se banalisent et généralisent (Venezuela, Iran, Syrie, Liban).
Le repartage du monde entre dans une phase où l’impérialisme dominant reprend l’offensive
Ses démonstrations de force encouragent le militarisme, le nationalisme, le racisme, donc la montée de l’extrême droite partout dans le monde.
Les explosions sociales ne manquent pas, mais ne sont pas victorieuses : Printemps arabes de 2011, soulèvements en 2019, insurrections plus récemment au Bangladesh, à Madagascar, en Turquie, au Maroc, récemment en Iran et aujourd’hui aux États-Unis, à Minneapolis. En France, il y a eu des mobilisations significatives depuis dix ans : contre la loi Travail de la gauche en 2016, Gilets jaunes en 2018-2019, mouvements des retraites en 2019-2020, puis en 2023, sans oublier les révoltes dans des colonies françaises (Martinique et Kanaky). Partout la mobilisation pour Gaza a marqué la vie politique, exprimant la politisation d’une partie de la jeunesse dont la participation dans les mouvements cités plus haut a été significative. Même s’il y a un déséquilibre manifeste en faveur du capital, nous vivons une polarisation des rapports de classe mondiaux qui exige la construction d’une direction révolutionnaire.
Les illusions nationalistes ou institutionnelles broyées par la concurrence impérialiste
Cette situation de tension du monde impérialiste menace la survie des régimes qui n’obéissent pas à l’impérialisme dominant. C’est le sens de l’agression en cours contre l’Iran et le Moyen-Orient, que nous dénonçons et dont nous souhaitons la défaite, en dépit du caractère réactionnaire, misogyne et anti-ouvrier du régime iranien.
Cette polarisation précipite la chute des mouvements tiers-mondistes qui ont en leur temps suscité l’espoir illusoire d’un avenir meilleur sans renverser le capitalisme. Les tentatives campistes de survie sous la protection d’un impérialisme ou de son rival se révèlent des impasses.
À Cuba, le blocus économique qui dure depuis de plus de 65 ans, et est entré dans une phase critique, a renforcé le caractère bureaucratique et nationaliste de la révolution cubaine. Les derniers avatars du péronisme argentin ont pavé la voie à Milei. Le Venezuela de Chávez (qui a tenu un temps la dragée haute à l’impérialisme américain) a accouché d’un régime qui s’est mis sous le contrôle direct des États-Unis. Le Rojava est réduit à la portion congrue et sous la menace directe du régime turc. L’OLP, à force de faire la police en Cisjordanie, a perdu son crédit politique au profit des obscurantistes et anti ouvriers du Hamas.
Ce n’est pas parce que les directions nationalistes bourgeoises et petites-bourgeoises « progressistes » ont failli que les communistes révolutionnaires ont fait la démonstration de leur supériorité politique ou que les problèmes d’oppression nationale, de colonisation et de sujétion à l’impérialisme ont disparu. Les communistes révolutionnaires doivent participer avec une ligne de classe à toutes les initiatives s’opposant aux agressions impérialistes et pour le droit à l’autodétermination, quelles que soient les limites de ces directions politiques. C’est l’occasion de renouer des liens internationalistes avec les travailleurs de ces pays. Mais les leçons doivent être tirées de ces expériences aujourd’hui défaites ou en passe de l’être.
Combattre les illusions institutionnelles et nationalistes
Les rivalités impérialistes obèrent la possibilité pour ces expériences de s’inscrire dans la durée. Ainsi l’élection de Boric comme « débouché » au mouvement de 2019 a tourné court en quelques mois avec l’échec du mirage institutionnel de la Constituante qui aura contribué à enterrer le mouvement de masse et se termine avec le retour des pinochetistes. Cela n’empêche pas les formations politiques de « gauche » de faire prospérer les illusions institutionnelles en occupant l’espace des vieilles organisations ouvrières qui ont toujours joué un rôle contre-révolutionnaire. Ces directions de « gauche » que certains appellent « populistes de gauche », « gauche radicale » ou « néo-réformistes » ont réussi à emmener mouvements sociaux et révoltes populaires dans des impasses institutionnelles, type Constituante, union de la gauche ou dialogue social entre syndicats et patronat.
La gauche institutionnelle est incapable de combattre le poison du nationalisme, car elle partage fondamentalement la fibre patriote, aux antipodes de l’internationalisme seul à même de combattre les poussées militaristes et de se dégager de tout suivisme vis-à-vis de l’impérialisme.
Du camp du prolétariat n’a pas émergé une perspective politique forte pour les exploités. Des expériences de classe, à petite échelle, se sont tout de même accumulées. C’est bien ce manque que nos groupes révolutionnaires devront chercher à combler dans les chocs sociaux à venir.
L’extrême gauche, faible de son nombre mais aussi de sa soumission à la gauche
Dans cette situation de plus en plus polarisée, où se dessinent deux camps, bourgeoisie et prolétariat, dont le deuxième n’a pas conscience de sa force révolutionnaire, la politique de l’extrême gauche révolutionnaire reste problématique. Du fait de sa faiblesse numérique et de son émiettement entre une multitude de courants et de groupes. De plus une partie de cette extrême gauche est à contretemps des exigences politiques, du fait de sa soumission à des formations dites de « gauche radicale » : France insoumise en France, Die Linke en Allemagne, Syriza en Grèce, Podemos dans l’État espagnol, DSA aux États-Unis, Your Party (et pour certains toujours le Labour) en Grande-Bretagne. Ce qui émousse le projet révolutionnaire dont elle est porteuse, en particulier son courant trotskiste s’appuyant sur le capital politique de la révolution russe, de Lénine et Trotski, qui en a ensuite défendu les acquis révolutionnaires contre le stalinisme.
Ces « gauches radicales », se disent « nouvelles », « insoumises », « de rupture » (mais avec quoi ?), elles ont pourtant la spécificité commune de ne pas revendiquer de langage et de politique de classe à l’heure où il faut faire prendre conscience au prolétariat de sa force révolutionnaire. Dans une situation de reflux de la gauche et de montée de l’extrême droite, ces formations apportent leurs gains électoraux non négligeables (de 5 % à 25 % des voix) à des alliés sur leur droite ! L’exemple français est intéressant à défaut d’être unique : la FI a promu un Nouveau Front populaire (NFP), contrat électoral qui lui-même a conduit à un Front républicain, soit un appel au vote de deuxième tour pour d’anciens ministres de Macron. Mélenchon, pour se montrer bon gestionnaire des affaires de la bourgeoisie et présidentiable en 2027, s’affiche avec Dassault, modèle de réussite capitaliste française – dans l’industrie de la mort. Avant lui, Bernie Sanders avait « rendu » ses voix à Biden. Pablo Iglesias son crédit au gouvernement de Sánchez.
Plutôt Minneapolis que Mamdani
Il est problématique que des révolutionnaires trotskistes qui, dans leurs résolutions de congrès, prônent le besoin urgent d’une « indépendance de classe », mènent des politiques d’entrisme ou de rapprochement avec la gauche institutionnelle. Dans les faits, près de la moitié des organisations et regroupements trotskistes dans le monde a choisi aujourd’hui de militer dans, pour ou en direction de ces prétendues nouvelles formations de gauche. Dans des conditions où le rapport de force n’est pas en leur faveur, ce sont les illusions institutionnelles de ces formations qui sont renforcées, avec des déceptions inévitables. Dans la recherche de partis larges, dans l’entrisme dans les formations de « gauche radicale », des groupes (et programmes d’extrême gauche) se sont dissous ou ont perdu leur flamme révolutionnaire pour un strapontin de député et l’illusion de grossir. Que les considérations pour cet entrisme soient tactiques ou politiques, c’est la visibilité de la ligne révolutionnaire qui en pâtit.
De plus on est loin, avec ces formations de gauche radicale, des organisations ouvrières de masse qu’étaient les partis communistes et socialistes de l’époque où Trotski, dans le contexte des années 1930 où les luttes de classe se radicalisaient, proposait à ses camarades d’y entrer à titre provisoire, pour gagner à une politique révolutionnaire les militants (et non les organisations) qu’on pouvait encore arracher aux politiques staliniennes et sociales-démocrates. On est loin de tout « front unique ouvrier ». On en est à un piètre front de gauche, ce NFP dont les responsables du NPA-A regrettent qu’il n’existe plus et qui allait de Poutou à Hollande. Et ce n’est pas un pareil front électoral qui protégerait les travailleurs de l’extrême droite montante. Où et quand la gauche réformiste a-t-elle protégé du fascisme, dont elle a au contraire pavé la voie, avec ces diverses moutures de « fronts populaires » au service de la bourgeoisie désarmant les travailleurs ? Faire ce constat ne nous exonère pas d’une politique de front unique vis-à-vis de ces courants, au contraire : face à la gauche, nous avons une politique d’unité d’action à proposer, à notre niveau, dans l’objectif de nous lier avec les milieux influencés par les courants de la gauche institutionnelle au sein de notre classe et de la jeunesse.
Pour un pôle international des révolutionnaires
Bien sûr, les courants qui n’ont pas choisi cette voie n’ont pas à ce stade un meilleur bilan à présenter. Pas un pire non plus, en particulier dans leur capacité à intervenir dans la classe ouvrière et à recruter dans la jeunesse. Il y a vraiment une urgence à ce que cette question soit débattue. C’est une des raisons des explosions ou scissions des courants révolutionnaires à l’échelle internationale sur ces dix dernières années. Ces problèmes de construction et d’orientation devraient être posés, à commencer par celui de la rupture de tout lien organique avec la gauche ou ses succédanés ; problème en fait de la construction d’une perspective de classe à l’échelle internationale, des efforts militants pour qu’émerge un pôle international révolutionnaire. C’est une perspective à laquelle il faut donner corps. Nous pensons que cela passe par la recherche de toutes les formes de contacts entre révolutionnaires, d’échange d’expériences concrètes, de groupe à groupe ou plus collectivement. Nous concevons le pôle des révolutionnaires comme un moyen de développer les échanges politiques entre courants, mais aussi de développer la capacité à élaborer et mettre en œuvre des politiques communes. Il s’agit d’avancer vers la recomposition de courants révolutionnaires provenant de traditions révolutionnaires internationales différentes.
Dans ce cadre, l’expérience du NPA-Révolutionnaires nous semble modeste mais inédite, à travers la fusion de courants révolutionnaires issus de la Seconde Guerre mondiale et des années 1960. Nous nous concevons comme un des outils – très modeste à cette étape – de clarification politique et d’unité d’action, dans l’actuel processus d’explosion de la gauche révolutionnaire internationale.
Nouveau Parti anticapitaliste (France), NPA-R