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Brèves

L’actualité en bref

La cour d’appel de Paris vient de reconnaître que le groupe bancaire avait pratiqué une discrimination à l’égard d’une salariée qui, après onze ans de bons et loyaux services, avait obtenu peu ou pas d’augmentation et n’avait jamais pu passer cadre alors que nombre de ses collègues au parcours similaire montaient en grade. Selon la cour, cette discrimination trouvait son origine dans le fait qu’il s’agissait d’une femme, qui plus est noire. C’est-à-dire qu’elle avait souffert d’une double discrimination, sexuelle et raciale. En matière de discrimination, cette banque est une habituée des tribunaux. La décision la plus spectaculaire la concernant date de juin 2023 lorsqu’elle avait été condamnée à verser 600 000 euros à un ancien salarié brimé pendant des années du fait de son activité syndicale. Un des slogans du groupe bancaire affirme « C’est vous l’avenir ». On devrait ajouter « à condition de n’être ni femme, ni Noir, ni syndicaliste ».

Les députés socialistes ont déposé un amendement au projet de budget qui propose de créer un impôt minimum sur les très hauts patrimoines. Cet impôt minimum serait de 3 % sur les patrimoines supérieurs à 10 millions d’euros. Cela peut paraitre, à première vue, marginalement plus contraignant que la taxe Zucman qui prônait une taxation de 2 % sur les patrimoines à partir de 100 millions d’euros. Mais, sans doute effrayés par leur audace, les socialistes ont aussitôt prévu des exceptions qui dispenseraient nombre d’ultra-riches de payer cet impôt minimum. En effet seraient exclus de l’assiette de l’impôt notamment les biens professionnels familiaux et les entreprises dites « innovantes ». Autant dire que même si l’amendement socialiste est adopté, ce qui est douteux, les nantis pourront dormir tranquilles.

Nouveau drame en Méditerranée. Un canot pneumatique, à bord duquel se trouvaient dix-huit migrants et un passeur, a coulé après avoir pris l’eau au large de Bodrum, une station balnéaire très fréquentée, dans le sud-ouest de la Turquie. Cette région est située à proximité de plusieurs îles grecques parmi lesquelles Kos, connue pour être un des points principaux d’entrée en Europe. Seules deux personnes ont pu être sauvées. Une des deux à avoir survécu, un migrant afghan, a raconté avoir nagé pendant près de six heures pour atteindre la terre ferme. Une tragédie qui aurait pu être évitée si l’Union européenne ne s’obstinait pas à multiplier les obstacles sur les routes migratoires, rendant de plus en plus périlleuses les traversées. Depuis le début de l’année près de 1400 personnes ont disparu ou ont été repêchées mortes en mer.

Suite à une alerte de la Société des journalistes de la rédaction nationale de France 3, le comité social et économique du siège de France Télévisions a décidé de recourir à une expertise indépendante pour risque grave. Il a donc mandaté le cabinet Cedaet pour enquêter. Après plusieurs mois d’investigation, le résultat n’est pas triste. Sont pointées du doigt discriminations, placardisations, maltraitances managériales… qui conduisent les salariés à vivre dans un environnement « anxiogène », « toxique » et « stressant ». Pas surprenant de la part de Delphine Ernotte, reconduite à la tête de France Télévisions pour un troisième mandat de cinq ans en août dernier et connue pour son mépris des salariés.

Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, quelque 272 400 victimes de violences conjugales, à 84 % des femmes, ont été enregistrées par les forces de sécurité en 2024, soit +0,4 % par rapport à l’année précédente. Les mis en cause sont, sans surprise et à 85 %, des hommes. Dans le détail, 64 % des victimes d’un partenaire ou d’un ex-partenaire ont subi des violences physiques, 31 % des violences verbales ou psychologiques et 5 % des violences sexuelles. Mais, selon le collectif féministe Nous Toutes, ces chiffres sont « en dessous de la réalité car la majorité des violences ne sont pas enregistrées par le ministère de l’Intérieur, dans la mesure où il ne se base que sur les plaintes déposées ». Et de poursuivre « on sait que beaucoup de personnes, pour des raisons différentes, ne peuvent pas se rendre dans un commissariat pour expliquer les malheurs qu’elles peuvent vivre ». Le Collectif explique en conclusion : « Nous avons besoin d’un réel plan d’action féministe, et de la construction d’une société et d’une culture du consentement, et pas de mesurettes bien insuffisantes qui n’enrayent en rien les violences sexistes, et qui ne permettent pas un meilleur accompagnement des victimes. »

L’ex-Premier ministre François Fillon a été débouté du recours qu’il avait déposé devant la Cour européenne des droits de l’homme contre sa condamnation dans l’affaire des emplois fictifs de son épouse, Pénélope, à l’Assemblée nationale. Il avait été condamné en juin par la cour d’appel de Paris à quatre ans de prison avec sursis, une amende de 375 000 euros et cinq ans d’inéligibilité. Il espérait que les juges européens déclareraient qu’il n’avait pas bénéficié d’un procès équitable. C’est raté ! Fillon, comme Sarkozy et bien d’autres, peuvent bien se présenter comme de « grands serviteurs de l’État », ça ne les empêche pas de se servir généreusement au passage. Des truands en col blanc qui trafiquent sous les ors de la République.

Il y a 80 ans, le 24 octobre 1945, la charte des Nations unies était ratifiée. L’organisation internationale, fondée au lendemain de la Seconde Guerre mondiale avec l’objectif affiché de maintenir la paix et la sécurité, n’a garanti ni l’une, ni l’autre. Elle faisait suite à la Société des Nations, créée au lendemain de la Première Guerre mondiale, qui sombra avec la Seconde et que Lénine qualifiait de « caverne de brigands ». Dès l’origine, l’ONU – qui regroupe aujourd’hui 193 États membres – a été sous la coupe des grandes puissances (États-Unis, Russie, France, Grande-Bretagne, Chine) qui ont le droit de veto sur toutes ses décisions. Rien d’étonnant dans ces conditions qu’imposer la paix sans leur accord dans un endroit quelconque du globe est mission impossible. Le seul point positif de l’ONU a été, à travers ses agences consacrées notamment aux enfants (Unicef), à l’alimentation (FAO), à la culture (Unesco) ou à la Santé (OMS) de dénoncer des situations souvent intolérables. Mais jamais elle n’a pu résoudre les crises, humanitaires ou autres, qu’elle dénonçait. Et pour cause. Car pour cela elle aurait dû s’en prendre au système lui-même, dont elle est partie intégrante.

Seize organisations – dont la CGT, la CFDT, Solidaires, le Secours catholique, Emmaüs, ATD Quart Monde, et la Ligue des droits de l’homme – ont assigné l’État en justice pour sa politique visant les chômeurs et les allocataires du RSA, et plus particulièrement le décret entré en vigueur le 31 mai dernier. Ce texte permet de suspendre de 30 à 100 % du RSA pendant un à deux mois, avec des périodes pouvant aller jusqu’à quatre mois en cas de récidive, les allocataires qui ne remplissent pas l’obligation de réaliser au moins quinze heures d’activité hebdomadaire. Les responsables associatifs et syndicaux, qui ont saisi en urgence le Conseil d’État, dénoncent des contrôles qu’ils qualifient d’humiliants et d’appauvrissants pour les plus précaires. Ils demandent donc l’abrogation du décret « sanctions » de la loi pour le plein emploi qu’ils estiment contraire aux droits des plus vulnérables, une partie de la population pour laquelle nos gouvernants ont le plus profond mépris.

La compagnie pétrolière TotalEnergies a été condamnée par la justice pour « greenwashing », c’est à dire écoblanchiment, une pratique qui consiste à revendiquer une politique supposée « écologiste » et « verte » en faisant dans la pratique exactement le contraire. L’affaire portait notamment sur la campagne de communication du groupe déployée à partir de mai 2021 sur son site Internet, dans la presse, sur les réseaux sociaux et à la télévision. À l’époque, Total venait de se rebaptiser TotalEnergies pour souligner son ambition d’être « la compagnie de toutes les énergies », du pétrole à l’électricité éolienne et solaire et d’arriver à la neutralité carbone en 2050. Ce qui ne l’empêchait pas dans le même temps d’augmenter sa production de pétrole et de gaz. Le tribunal judiciaire de Paris a estimé que les affirmations de la compagnie, reprises dans des messages publicitaires, étaient fausses et trompeuses et l’a condamnée à les retirer dans un délai d’un mois. Dans le passé des compagnies aériennes comme KLM et Lufthansa et des entreprises dans l’alimentation et d’autres secteurs avaient déjà été condamnées pour écoblanchiment. Mais la condamnation d’un groupe pétrolier est une première. Ce qui réjouit les ONG Greenpeace France, Les Amis de la terre France et Notre Affaire à tous qui avaient lancé l’action en justice. Mais cela n’empêchera évidemment pas TotalEnergies de continuer à polluer…