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Brèves

L’actualité en bref

Serge Halimi, le fils de Gisèle Halimi, conteste le choix de Charlotte Gainsbourg pour interpréter le rôle de sa mère dans le film qui lui est consacré et qui doit sortir courant 2026. A priori cela pourrait passer pour une anecdote ou un fait divers « people ». Ce n’est pas le cas. La position de Serge Halimi n’a rien à voir avec l’esthétique et tout avec le fait que Charlotte Gainsbourg a signé une tribune dans Le Figaro, aux côtes de l’animateur de radio Arthur et de Bernard-Henri Lévy. Le texte s’élève contre la reconnaissance de la Palestine par Macron et s’aligne sur Israël. « Ma mère aurait lu cette tribune collective avec dégoût », a dénoncé Serge Halimi auprès du média indépendant Blast, regrettant que le texte ne mentionne pas « les crimes de guerres israéliens » dans la bande de Gaza. Il rappelle notamment qu’au-delà de son combat pour le droit l’avortement, ou encore pour l’indépendance de l’Algérie et de la Tunisie, Gisèle Halimi avait toujours apporté son soutien à la cause palestinienne. Il souligne son engagement pour le Tribunal Russel sur la Palestine, fondé en 2009 pour « mobiliser les opinions publiques » sur le sort des Palestiniens et aussi sa défense comme avocate de Merwan Barghouti, membre du parti politique Fatah arrêté par Israël et emprisonné depuis le début des années 2000. Auprès du journal L’Humanité, elle avait également appelé à mettre « fin à l’occupation israélienne ». Dans ces conditions, on comprend que Serge Halimi estime que le casting choisi trahit complètement les combats et la mémoire de sa mère.

C’est Mediapart qui l’a révélé. À l’invitation de l’ambassade d’Israël à Paris, des journalistes de cinq titres de la presse hexagonale (Le Journal du dimanche, Le Figaro, La Croix, L’Express et Marianne) se sont rendus du 20 au 24 juillet dans le pays, tous frais payés (avion, hôtel, repas etc.) pour écouter des hauts gradés de l’armée récuser la responsabilité israélienne dans la famine à Gaza. « Hormis le quotidien catholique et L’Express, aucun des trois autres n’a jugé utile de préciser que leurs articles avaient été rédigés dans le cadre d’un voyage concocté par l’ambassade israélienne », signale Mediapart. Et de poursuivre : « S’agissant des articles de Marianne, du JDD et du Figaro, les récits produits sont souvent à sens unique, accordent une large place aux arguments israéliens, sans chercher à les confronter aux faits ou à d’autres sources interrogées de manière indépendante ». Et, bien entendu, aucun ne s’est rendu à Gaza dont l’État sioniste interdit, depuis le 7 octobre 2023, l’entrée aux professionnels étrangers des médias. Dans le même temps, l’armée israélienne a tué plus de 200 journalistes palestiniens. On se demande comment de tels « journalistes » peuvent encore se regarder dans la glace et avoir une carte de presse.

L’hebdomadaire d’extrême droite Valeurs actuelles va changer de propriétaires mais pas de ligne. Il était jusqu’alors propriété du milliardaire franco-libanais Iskandar Safa, décédé l’an dernier. Depuis lors, sa famille cherchait à se débarrasser du titre. Elle a finalement trouvé acquéreurs : un trio d’investisseurs dont le plus médiatisé est Pierre-Édouard Stérin, connu pour son projet Périclès qui consiste à mettre une partie de sa fortune à la disposition de l’extrême droite pour qu’elle parvienne au pouvoir dans les années qui viennent. Dans le passé il avait déjà tenté de mettre la main, sans succès, sur un autre hebdomadaire, Marianne. Soyons sûrs qu’avec lui Valeurs actuelles continuera de déverser sa haine raciste, sexiste et homophobe. C’est ce que les nouveaux propriétaires appellent sans rire « le respect de la liberté d’expression et du pluralisme ».

Le Parlement slovaque vient de voter une révision constitutionnelle réaffirmant qu’il n’existe que deux genres et réservant l’adoption aux seuls couples hétéros. Cette décision est en parfaite opposition avec les traités européens, preuve s’il en fallait de leur peu d’effet. Également dans le viseur du gouvernement réactionnaire, l’impossibilité pour les personnes intersexes, donc dont les traits biologiques ne collent vraiment avec aucune des deux cases, d’échapper à des traitements ou chirurgies pour correspondre à une norme qui, visiblement, n’a rien de naturel. Une attaque réactionnaire de plus bien dans l’air du temps.

Le militant écologiste Paul Watson, détenu au Groenland pendant cinq mois pour son combat contre la pêche à la baleine, a vu sa demande d’asile politique refusée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra). Le fondateur de nationalité américaine et canadienne de l’ONG Sea Sheperd, avait été arrêté le 21 juillet 2024 à Nuuk, capitale du Groenland, après la relance d’une demande émise par le Japon en 2012 via une notice rouge d’Interpol. Le Japon l’accusait de conspiration pour l’abordage d’un navire baleinier nippon, d’obstruction à la pêche et de blessures infligées à un marin en 2010. En octobre 2024, il avait adressé une lettre manuscrite à Emmanuel Macron pour demander l’asile politique en France expliquant être sous la menace permanente d’une extradition vers le Japon. Mais l’Ofpra a rejeté sa demande jugeant que les craintes de Paul Watson d’une extradition vers le Japon « s’avèrent insuffisantes ». Ses opinions sont certes malthusiennes et sa connivence avec l’extrême droite détestable, mais qui a dit que notre beau pays était une terre d’asile ?

Dans le but affiché de concurrencer Elon Musk et son système de satellites Starlink, les dirigeants d’Airbus (groupe franco-germano-espagnol), du français Thales et de l’Italien Leornado envisagent de fusionner leurs activités satellites. Si cette fusion arrive à son terme elle donnera naissance à un géant européen des satellites, baptisé Bromo, qui affichera plus de 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires et une valorisation proche de 10 milliards d’euros. Mais, revers de la médaille, comme l’indique un rapport de la commission de la Défense nationale publié en mai dernier, « la fusion entraînera très probablement une nouvelle vague de suppressions de postes, voire la disparition d’un site français ». Et comme l’analyse Thomas Meynadier, représentant CGT chez Thales Alenia Space : « Si l’objectif était vraiment de concurrencer Starlink, on y intégrerait aussi Ariane, des opérateurs comme SES ou Eutelsat, voire STMicroelectronics pour les composants. En réalité, la fusion vise surtout à gonfler les marges d’un secteur moins rentable que les activités militaires. » C’est encore une fois au nom du profit que plusieurs centaines de salariés risquent de se retrouver sur le carreau.

Le 26 septembre 1985 deux individus ouvraient le feu sur les consommateurs installés au bar de l’hôtel Monbar, à Bayonne. Quatre personnes perdirent la vie, toutes membres de l’organisation nationaliste basque ETA, qui luttait les armes à la main contre le régime franquiste, réfugiés en France. Les deux tueurs, liés au milieu du grand banditisme marseillais, faisaient partie des Groupes anti-terroristes de libération (GAL) et avaient été recrutés par la police espagnole pour commettre leur forfait. Ils furent arrêtés et condamnés. Mais les véritables commanditaires du GAL au sein de l’appareil d’État espagnol ne furent jamais identifiés et quelques lampistes payèrent les pots cassés. De même il n’y eut aucune enquête sur les éventuelles complicités dont le GAL avait pu bénéficier au sein de la police française pour repérer et localiser ses cibles. On préféra jeter un voile pudique sur l’affaire. Quarante ans plus tard les familles des victimes attendent toujours de savoir la vérité.

Une (nouvelle) claque pour le gouvernement. Saisi au sujet de la chasse à l’alouette des champs aux filets, le Conseil d’État a désavoué une fois de plus l’exécutif. Ce dernier tentait de nouveau d’autoriser ce type de chasse, considérant qu’elle relevait du patrimoine « culturel ». Depuis 2021, le Conseil d’État a dû se prononcer plusieurs fois sur des méthodes traditionnelles de chasses d’oiseaux que les associations de défense des animaux estiment illicites et qui déciment les espèces. Mais, chaque fois, le gouvernement est passé outre sous un prétexte ou un autre pour faire plaisir aux associations de chasseurs, soutiens traditionnels de la droite en général et de Macron en particulier. Et le fait que les effectifs de l’alouette des champs ont diminué de près de 25 % en vingt ans ne semble pas émouvoir ceux qui nous gouvernent.

Lecornu a reçu mardi dernier les auteurs d’un rapport sur l’aide médicale d’État (AME). Après l’abandon des mesures de restriction concernant cette aide avec la chute du gouvernement Bayrou, le nouveau Premier ministre fait à son tour les yeux doux au Rassemblement national et à la droite. Il s’agirait en effet de proposer de réduire la liste des soins pris en charge par l’AME destinée aux personnes étrangères en situation irrégulière et à revenus très faibles. Une vieille revendication de Marine Le Pen et de ses amis qui accusent les étrangers de ruiner la Sécu. Ce qui est un mensonge flagrant puisque, l’an dernier, l’AME n’a représenté qu’environ 0,5 % des dépenses de santé globales. Il s’agit avant tout d’alimenter la xénophobie ambiante en tentant de détourner la colère populaire contre les migrants et leurs familles.