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Brèves

L’actualité en bref

À la suite du meurtre de George Floyd, un Afro-Américain tué par la police de Minneapolis en mai 2020, l’ONU avait créé une commission d’experts « chargée de promouvoir la justice et l’égalité raciales dans le contexte du maintien de l’ordre ». Ils viennent de rendre leur rapport après avoir enquêté dans les différents services de police et de justice de Washington, Atlanta, Los Angeles, Chicago, Minneapolis et New York. Conclusion : il existe « un racisme systémique » envers la communauté noire, « omniprésent » au sein des systèmes policiers et judiciaires américains. Ce qui explique pourquoi un Noir à trois fois plus de risques qu’un Blanc d’être tué par la police et quatre fois et demi d’être incarcéré alors qu’une large impunité prévaut au sein des forces de l’ordre. En conclusion, ces experts demandent notamment que les policiers armés ne soient plus les premiers à être automatiquement envoyés sur place lorsqu’il s’agit de situations de crise, en lien notamment avec les questions de santé mentale, les sans-abri, la circulation et l’école et soulignent un « besoin pressant d’une réforme globale ». On peut toujours rêver. Avec des recommandations aussi peu sévères la police raciste a encore de beaux jours devant elle.

Suella Braverman, la ministre de l’Intérieur, s’est attaquée dans un discours ouvertement raciste à la convention de Genève sur les réfugiés qui, selon elle, n’est pas « adaptée à notre époque moderne », en estimant qu’elle conférerait « à au moins 780 millions de personnes le droit théorique de s’installer dans un autre pays ». Et ajouter : « Nous ne pourrons pas maintenir un système d’asile si le simple fait d’être homosexuel ou une femme et de craindre la discrimination dans son pays d’origine suffit pour bénéficier d’une protection. » Elle est bien connue pour sa xénophobie, sa misogynie et son homophobie. Mais le drame, outre-Manche, est que l’opposition travailliste, qui a de bonnes chances de revenir au gouvernement l’an prochain, a un discours qui, pour éviter ce genre d’outrances, n’est guère différent sur le fond. Le Labour Party affirme même qu’il sera plus efficace que le gouvernement actuel pour stopper l’immigration. Braverman risque d’être doublée sur sa droite.

Le site Info Migrants vient de réaliser un reportage à Menton, non loin de la frontière italienne. Et de constater, en citant Médecins sans frontières, que chaque jour, de 100 à 150 personnes migrantes reçoivent un refus d’entrée délivré par les autorités françaises et sont renvoyées côté italien, à Vintimille. De plus la préfecture des Alpes-Maritimes annonçait, le 22 septembre, avoir procédé à plus de 3 000 refoulements en deux semaines. Et 32 000 interpellations depuis le début de l’année, soit une augmentation de 20 % par rapport à l’an passé. Pourtant un jugement de la Cour de justice de l’Union européenne vient de déclarer illégale ces pratiques systémiques. Le jugement dit clairement que la façon dont le système de refus d’entrée a été jusqu’ici employé par la France contrevient au droit européen. Un jugement sur lequel s’assoient les forces de l’ordre qui ne font, dans ce domaine, que suivre les ordres de Darmanin et de Macron qui ont annoncé l’envoi de deux cents gendarmes et policiers supplémentaires sur place. Les politiciens ne respectent les lois que quand ça les arrange.

Éric Zemmour a été condamné à 4 000 euros d’amende pour injure homophobe, après avoir déclaré le 15 octobre 2019 dans l’émission Face à l’info sur CNews que les personnes homosexuelles avaient « asservi » l’État « à leur profit ». L’association Stop Homophobie avait porté plainte contre ces propos. Zemmour a fait appel, mais il n’est pas sorti de l’auberge puisqu’une dizaine de procès l’attendent d’ici la fin de l’année. Mais il n’a pas trop de souci à se faire puisqu’il a le soutien indéfectible du patron de CNews, le milliardaire Vincent Bolloré, qui laisse antenne ouverte dans ses stations radio et ses chaines de télévision à la fine fleur des intervenants les plus réactionnaires, racistes et homophobes.

Plus de 50 000 réfugiés en provenance du Haut-Karabakh sont arrivés jusqu’à présent en Arménie, soit plus du tiers de la population de cette enclave arménienne en territoire azéri. Et ils devraient être encore très nombreux à franchir la frontière dans les jours qui viennent. Cet exode massif, qui prend de plus en plus l’aspect d’un nettoyage ethnique, se déroule dans l’indifférence générale. Les pays de l’Union européenne s’en tiennent à de vagues appels à une « action diplomatique internationale » en refusant de condamner l’opération militaire de l’Azerbaïdjan qui a fait plusieurs centaines de morts, dont de nombreux civils. Cette extrême réserve s’explique en partie par le fait qu’en juillet 2022 la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a signé un accord avec le dictateur local, Ilham Aliyev, visant à doubler l’importation de gaz azéri vers l’UE. Elle le qualifiait alors de « partenaire fiable et de confiance ». La Russie, qui entretient sur place une force de 2 000 soldats censée s’interposer entre les deux camps, n’a pas bougé face à l’offensive des troupes azéries. Et pour cause. Depuis novembre 2022 une grande partie du gaz russe sous embargo européen transite par Bakou – où Moscou est partie prenante dans le principal gisement local – avant d’être réexpédiée sur le marché international. Quant aux États-Unis, ils ont déjà utilisé le refroidissement des liens entre l’Arménie et la Russie pour investir massivement dans des usines de semi-conducteurs à Erevan, puis organiser des manœuvres militaires communes avec l’armée arménienne. Déjà bien présent en Géorgie, l’impérialisme américain s’implante désormais dans un second pays du Caucase. Et toutes ces grandes manœuvres se font sur le dos du peuple arménien du Haut-Karabakh.

Le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) a remis son rapport sur la pornographie à Bérangère Couillard, la ministre déléguée chargée de l’égalité femmes-hommes. Intitulé Pornocriminalité. Mettons fin à l’impunité de l’industrie pornographique, ce document de 230 pages dévoile une réalité terrifiante. Il évoque des sites « infestés de vidéos de viols », de scènes de « triple pénétration anale », de « torture », de « gangbang » ou de « gagging » (étouffement par fellation profonde). « Il s’agit d’un massacre illégal à but lucratif. Des millions de vidéos montrent des actes de torture et de barbarie insoutenables », dénonce Sylvie Pierre-Brossolette, la présidente du HCE. « Le mur d’indifférence qui a accompagné la montée de la violence dans le porno est absolument sidérant. Il faut sortir du déni », appelle-t-elle. L’étude du HCE estime à 1,3 million le nombre de vidéos pédopornographiques, à 1,4 million celles comportant des pratiques sadiques, à 200 000 celles qui montrent des pratiques humiliantes à base de jet d’urine et à 1,5 million celles qui utilisent des propos racistes. En septembre 2022, Laure Beccuau, la procureure de la République de Paris, auditionnée par le Sénat, estimait alors que « 90 % des contenus pornographiques contiennent de la violence physique ou verbale, et sont donc pénalement répréhensibles ». Sauf que leurs auteurs ne sont pratiquement jamais poursuivis. La police et la justice sont trop occupés à pourchasser les manifestants et les porteuses d’abaya pour s’occuper de ce genre de délinquants autrement plus dangereux.

« Gouverner, c’est prévoir ! » disait au 19e siècle le très réactionnaire politicien Adolphe Thiers. Une maxime qu’ à l’évidence n’applique pas le ministre de la Santé, Aurélien Rousseau. Il avait lancé en fanfare le 15 septembre dernier une campagne contre la bronchiolite, qui touche les bébés infectés par un virus respiratoire. Tous les parents pouvaient commander un traitement en pharmacie si leur bébé était né depuis février. Le ministre se félicitait de « la réussite exceptionnelle » de cette campagne et « du taux d’adhésion très important dans la population ». Mais le succès a été tel qu’aujourd’hui le Beyfortus, le traitement contre la bronchiole développé par le groupe Sanofi, n’est plus disponible en pharmacie dans sa version 50 mg, destinée aux bébés de moins de cinq kilogrammes, et désormais réservée aux seules maternités. Les pharmacies pourront cependant continuer à commander la version 100 mg, qui s’adresse aux bébés d’un poids supérieur. Le ministre a reconnu qu’il s’agissait de gérer des stocks disponibles qui s’avèrent insuffisants. Peut-être aurait-il été judicieux de les contrôler avant de lancer cette campagne ?

Depuis plusieurs jours, le ministre de l’Éducation nationale, Gabriel Attal, occupe le terrain, multipliant déplacements, rencontres et déclarations en promettant un « début d’électrochoc » pour lutter contre le harcèlement scolaire. Parmi ses propositions : une meilleure formation des enseignants, une journée nationale contre le harcèlement le 9 novembre pour sensibiliser les élèves, un formulaire à remplir par tous les jeunes scolarisés, la création de « brigades » dédiées sur le sujet dans les rectorats composées d’inspecteurs, psychologues ou contractuels spécialistes de la question, la confiscation éventuelle des téléphones portables, etc. Mais, au-delà des effets d’annonce, les moyens humains, indispensables face à l’ampleur de la tâche, seront-ils au rendez-vous ou le soufflé retombera-t-il jusqu’à un prochain drame qui, de nouveau, suscitera un émoi sans conséquences ? C’est justement là où le bât blesse, selon les syndicats d’enseignants, qui déplorent une baisse continue et de plus en banalisée des effectifs et le manque d’équipes pluri-professionnelles spécialisées au sein de l’Éducation nationale. Une situation qui dure depuis des années sans qu’Attal se donne effectivement les moyens de la changer.

Anon Numpa, un avocat de 39 ans et importante figure du mouvement pro-démocratie, a été condamné à quatre ans d’emprisonnement pour crime de « lèse-majesté ». Il était poursuivi pour un discours prononcé en 2020 devant le monument de la démocratie à Bangkok, au pic des manifestations massives réclamant une refonte de la monarchie. C’est la première des 14 inculpations pour « lèse-majesté » qui le vise. Cette loi, baptisée « article 112 », punit jusqu’à quinze ans de prison toute insulte visant le roi ou sa famille. Son usage a été rapidement détourné pour cibler tous les opposants politiques. Désormais le simple fait de demander son abolition est en lui-même un crime de lèse-majesté. « C’est un sacrifice de ma liberté que je suis prêt à assumer », a expliqué Numpa au moment d’arriver au tribunal, accompagné de sa compagne et de leur enfant. « Nous avons vu beaucoup de changements dans la politique thaïlandaise depuis le mouvement de 2020 […] Si je suis condamné à de la prison aujourd’hui, ça serait pour beaucoup d’années mais ça vaudrait le coup », a-t-il poursuivi. Devant les journalistes, il a fait le salut à trois doigts, un signe de défi à l’autorité royale, alors que des dizaines de personnes étaient venues lui apporter leur soutien devant le tribunal.