Entre septembre et février derniers, partout en France, les agents des services électriques (SE) de SNCF Réseau se sont mis en grève pour des revendications salariales et de conditions de travail. Ces salariés sont chargés de la maintenance de la signalisation ferroviaire (le jour) et de son dépannage (la nuit et les week-ends), dans le cadre d’astreintes. Ils ont choisi de faire grève une heure par jour en fin de service, ce qui avait pour effet de les dégager de l’astreinte.
La direction, dépassée par un mouvement qui s’étendait rapidement d’une région à l’autre, a opté pour la punition collective. Les équipes qui refusaient d’arrêter la grève ont été basculées d’un horaire de jour à un horaire posté en 2×8 presque du jour au lendemain. La direction espérait ainsi désorganiser le mouvement, mais aussi les vies personnelles des grévistes, dont certains ont dû rechercher en catastrophe des solutions pour faire garder leurs enfants dès 4 heures du matin.
En Alsace, la quasi-totalité des équipes SE est donc passée en 2×8 le 12 novembre. Mais cette sanction a renforcé la détermination. La grève a continué deux mois de plus, avec quelques moments mémorables, dont l’envahissement du siège de Strasbourg par 40 grévistes peu avant Noël. Les grévistes ont aussi contesté les horaires en 2×8 en justice avec la CGT.
En première instance, le tribunal a donné raison à la SNCF. Il a considéré que l’entreprise avait le droit de prendre des mesures contre la grève afin d’assurer le « bon fonctionnement du service ». Bouleverser le fonctionnement habituel de l’entreprise, c’est pourtant le but du jeu dans une grève. Cette décision revenait donc à dire qu’à peu près tous les coups anti-grève sont permis au patron.
La CGT a fait appel, et la cour d’appel de Colmar a donné raison aux grévistes. Elle a jugé qu’une mesure de réorganisation concernant uniquement les grévistes parce qu’ils sont grévistes était bien une discrimination.
C’est avant tout la détermination des grévistes qui a permis de faire condamner la SNCF. Ils ont été nombreux à s’investir pour réunir des preuves, détricoter les mensonges de la direction, construire la défense et assister aux audiences. Cette victoire n’est que juridique, mais ce jugement sera un point d’appui à chaque fois que le patron cherchera à prendre des mesures contre les grévistes, au service électrique ou ailleurs.
Correspondant