La direction d’Orangina envisage de fermer l’usine de La Courneuve (Seine-Saint-Denis) d’ici à la fin de l’année, en forçant un peu plus de la moitié des 120 salariés à déménager dans le Loiret (à Donnery) et en licenciant les autres. Rien n’avait été cédé face aux premiers débrayages et rassemblements mi-novembre. La direction avait même menacé revenir sur une partie de ses propositions initiales, alors qu’elle a engrangé 120 millions d’euros de bénéfices l’an dernier !
Excédés, les travailleurs du site, qui avaient déjà ralenti la production, se sont mis en grève une fois de plus sur deux jours. Une trentaine d’entre eux ont accompagné les élus syndicaux au siège de la société à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine) le 19 février, pour une « ultime » négociation. Quelques-uns seulement sont restés dans l’usine, avec une poignée d’intérimaires contraints de travailler, mais sans pouvoir réellement la faire tourner.
L’union locale CGT de La Courneuve était au rassemblement, les seuls syndicats représentatifs du site étant FO et la CFE-CGC. Pendant que les délégués étaient en réunion, la DRH jouait à la maîtresse d’école avec les grévistes : interdiction d’entrer dans le hall du bâtiment, malgré une météo peu clémente, exception faite pour aller aux toilettes, mais un par un et à condition de bien figurer sur la liste constituée à cet effet.
Cette représentante de la direction en a profité pour tenter de justifier les indemnités misérables que la direction propose à ceux qu’elle veut jeter dehors. Il n’y aurait qu’une somme fixe (provisionnée depuis combien de temps ?) à répartir, somme qui serait déjà supérieure au minimum légal (merci patron !). Deux variantes seraient envisagées, la peste ou le choléra : dans les deux cas, elles pénalisent les plus jeunes, mais aussi les plus anciens, en bloquant le calcul de l’ancienneté pour les indemnités extralégales à 24 ans. Cette tentative crasse de division n’a pas pris et ces provocations ont révolté les grévistes.
Ni la région, ni le ministère de l’Économie, ni le maire de La Courneuve n’ont souhaité répondre à une sollicitation de table ronde pour trouver une autre solution qui permettrait de sauver les emplois dans la ville. Comme quoi, il n’y a rien à attendre des institutions qui ont certainement, par le passé, répondu avec plus d’entrain aux sollicitations du patron pour décrocher des subventions, mais qui sont aux abonnés absents quand il jette à la rue les ouvriers dont il n’a plus besoin.
À l’issue de ces négociations, la direction a annoncé qu’un accord « final », non négociable, devra être signé dès qu’il sera soumis aux élus. Les grévistes n’ont pas dit leur dernier mot.
1er mars 2026. Pierre Mattei