
Des années de sales coups contre la classe ouvrière
Bien que faisant partie des vainqueurs de la Première Guerre mondiale, la Grande-Bretagne se voyait de plus en plus concurrencée par les États-Unis et son économie était percutée par la crise de reconversion qui a suivi la guerre. Depuis des années, patronat et gouvernement avaient imposé licenciements et baisses de salaire, notamment dans le secteur des mines, en pleine crise. Les dirigeants syndicaux n’avaient pas du tout préparé l’épreuve de force. En 1921, ils avaient capitulé face aux patrons et accepté une baisse de 30 % des salaires. Cela n’empêchait pas des millions de jeunes ouvriers d’affluer dans les syndicats, déterminés à riposter. En 1925, les syndicats obtinrent du gouvernement des subventions à l’industrie minière afin de maintenir les salaires et les emplois, mais pour neuf mois seulement. Des mois durant lesquels le patronat et le gouvernement s’organisèrent pour faire face au risque d’une grève, et où les syndicats cherchèrent encore à négocier. Le 1er mai 1926, ils refusèrent un ultimatum du patronat (un accord particulièrement brutal contre les salariés). Ce n’est que devant la pression de leur base qu’ils appelèrent à la grève générale le 3 mai pour le lendemain.
Le déroulement de la grève
Dès le 4 mai, entre 1,5 et 1,75 million d’ouvriers d’autres secteurs firent grève en soutien au million d’ouvriers du secteur minier victime du lock-out. Les jours suivants, ils étaient entre 3 et 4 millions, ce qui en fait la grève la plus importante de l’histoire du pays. L’ampleur du mouvement a terrifié la bourgeoisie. Elle avait beau essayer de remplacer, avec une partie des classes moyennes, les grévistes dans certains secteurs clés, l’économie était à l’arrêt. Les syndicats cherchaient à temporiser, sans donner de perspectives aux grévistes, mais la solidarité ouvrière joua à plein, et la situation se tendit de plus en plus. Les structures d’auto-organisation étaient rares, mais les syndicats craignaient la politisation croissante de bon nombre de travailleurs du rang. Le 12 mai, au bout d’à peine neuf jours, les dirigeants des bureaucraties syndicales sifflèrent la fin de la partie, au nom de l’inconstitutionnalité de la grève générale, et du risque d’une guerre civile. En réalité, ils étaient surtout terrorisés par le fait que le mouvement leur échappe, et soucieux de montrer des gages de bonne volonté au gouvernement et au patronat. Ils renoncèrent même à imposer aux patrons toute garantie sur les conditions de travail ou la répression des grévistes.
Une grève trahie par les syndicats… et la bureaucratie soviétique
Le poids immense sur la classe ouvrière des appareils syndicaux, ou celui du Labour Party (qui avait aussi contribué à attaquer les années précédentes les salariés des mines quand il gouvernait) a évidemment contribué à cette défaite. Mais les dirigeants soviétiques ont largement pris leur part dans cette défaite des travailleurs de Grande-Bretagne.
Loin de s’appuyer sur l’immense mobilisation des travailleurs pour préparer l’inévitable trahison des leaders syndicaux et du Parti travailliste, ils avaient au contraire par avance apporté leur caution à ces derniers en mettant en place un « comité anglo-russe », censé faire la liaison entre syndicalistes britanniques et soviétiques.
Mais les interventions de la bureaucratie stalinienne dans la lutte de classe à l’échelle internationale n’avaient déjà plus rien à voir avec la volonté d’obtenir des victoires pour les travailleurs afin de créer les conditions pour que la révolution prolétarienne gagne les pays impérialistes avancés. La bureaucratie soviétique cherchait bien plus à s’attirer les bonnes grâces des dirigeants syndicaux anglais qu’à tenter de créer un état-major des grèves. Jamais elle n’a rompu la solidarité avec les dirigeants syndicaux anglais. Les communistes britanniques n’ont pas pu jouer le moindre rôle indépendant pour offrir des perspectives à la classe ouvrière britannique mobilisée. Cette trahison a coûté au Parti communiste toute possibilité de développement. Seule la jeune opposition de gauche dirigée par Trotski en URSS a dénoncé ces trahisons, qui en annonçaient bien d’autres.
Robin Klimt
La grande majorité des sources ne sont disponibles qu’en anglais, qu’il s’agisse des livres d’histoire (on peut penser à ceux de Brandon ou Laybourn, mais aussi aux nombreux livres qui viennent de paraître à l’occasion du centenaire, hélas difficilement trouvables), de brochures militantes (notamment celles de révolutionnaires britanniques comme Peter Taafe, Tony Cliff, ou celle des camarades de Worker’s Liberty disponible ici) ainsi que de romans (recensés dans le livre très instructif Writing the 1926 General Strike: Literature, Culture, Politics). On peut toutefois conseiller quelques ouvrages traduits en français.
Europe et Amérique, de Léon Trotski
https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/europeameric/eur.htm
Dans ce recueil de plusieurs discours du début des années 1920, Trotski analyse le déclin de l’Angleterre et les reconfigurations de l’impérialisme. Il y critique notamment la politique des dirigeants ouvriers anglais et leur adaptation à la politique de l’impérialisme anglais.
Où va l’Angleterre ? de Léon Trotski
https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ouvalang/ouvlan00.htm
Dans ce recueil de textes, pour la plupart écrits en 1925, Trotski se livre à une attaque féroce contre les partis réformistes et les dirigeants syndicaux anglais, complètement intégrés à l’appareil d’État et aux négociations avec les patrons. Il avertit de l’imminence de la confrontation avec le patronat et le gouvernement.
L’IC après Lénine, de Léon Trotski
https://www.marxists.org/francais/trotsky/livres/ical/ical.html
Écrit en 1928, ce texte est une longue polémique contre la politique internationale de la bureaucratie soviétique. Si l’essentiel de la discussion porte sur la révolution chinoise, de nombreux passages sont consacrés à un bilan critique sans concession de la politique du comité anglo-russe.
Le chant du cygne – John Galsworthy

Issu d’une saga qui décrit la vie d’une famille de la grande bourgeoisie anglaise, le début de ce sixième tome donne un aperçu des journées de grève générale à Londres. On y mesure l’ampleur de la peur et de la haine de classe ressentie par les patrons et les politiciens. Quand ils ne vocifèrent pas contre le bolchevisme et les syndicats, ils essaient vainement de remplacer les grévistes et se retrouvent à travailler pour la première fois de leur vie.