
Patrons, politiciens et directions syndicales voudraient verdir la sidérurgie pour garantir son avenir. Cette industrie pollue depuis longtemps, mais maintenant qu’ArcelorMittal menace plusieurs sites de fermeture, la question de la décarbonation devient l’objet d’un double chantage à l’État et à l’Union européenne pour qu’ils subventionnent un four électrique à Dunkerque et le remplacement du chrome VI à Basse-Indre (près de Nantes), sous peine de fermeture.
Subventions et licenciements vont de pair
Sur le site de Basse-Indre, l’emploi des 340 salariés est suspendu depuis plusieurs années à l’usage du chrome VI, métal utilisé contre la corrosion. Celui-ci, reconnu cancérogène, est interdit en Europe. Mais des dérogations existent : en 2024, ces travailleurs étaient condamnés à l’utiliser jusqu’en 2028, sans quoi l’usine n’aurait pas pu continuer à produire. Ce qui n’a pas empêché la direction d’ArcelorMittal, quelques mois plus tard, en avril 2025, d’annoncer des suppressions d’emplois, malgré les millions de subventions publiques et les multiples dérogations. Par contre, l’intoxication provenant du chrome VI a continué. Fin mars 2026, un article de Reporterre révélait des rejets dépassant toutes les normes sanitaires, allant jusqu’à « treize fois plus de chrome VI dans l’air qu’une usine jumelle du groupe, basée en Espagne ».
Qu’importe la santé publique !
Ces dépassements, qui mettent en danger la santé des travailleurs et des habitants, sont avérés entre 2022 et 2024. Le service de l’État s’appuie notamment sur une étude des risques sanitaires, introuvable aujourd’hui, qui sera rendue publique « sous réserve de vérification de l’absence de secret industriel ». Une situation qui rappelle, à quelques kilomètres de là, à Saint-Nazaire, le cas d’Airbus (dépassement de normes cent fois supérieur au seuil autorisé), ainsi que les sols pollués et l’omerta des autorités.
H. D.