
Mélenchon a donc annoncé, au JT de TF1 dimanche 3 mai, sa candidature à la prochaine élection présidentielle…
Depuis, la machine de propagande s’est évidemment mise en route pour renvoyer dos à dos Mélenchon et Le Pen-Bardella. Avec, derrière, la volonté d’isoler, de montrer du doigt l’électorat populaire qui soutient les militants de LFI pour exprimer son opposition à la politique anti-sociale et guerrière de la classe dirigeante. Nous sommes évidemment solidaires de cette opposition et ce n’est pas de ce point de vue-là que nous critiquons Mélenchon et la politique de LFI !
Mélenchon a tenu à justifier de se présenter une nouvelle fois : « Qui est-ce qui est le mieux préparé pour faire face à la situation qui arrive ? », « Nous entrons dans une saison très agitée de l’histoire du monde. » Certes, mais quelle est la réponse de Mélenchon ? Renforcer sa posture d’« homme d’État ». Dans une longue interview sur LCI le 8 mai, il n’a cessé de donner des coups de chapeau à « nos militaires dont je suis certain qu’ils vont faire leur devoir avec un haut niveau de technicité et de performance ». Le nationalisme de Mélenchon n’est d’ailleurs pas nouveau et sa dénonciation des propos nostalgiques de l’Algérie française d’un Retailleau ne va pas jusqu’aux confettis restants de l’empire colonial français : « Les Français doivent se donner tous les moyens de garantir la sécurisation de toutes leurs nombreuses frontières dans le monde », avait-il déclaré en mars 2025, en détaillant les « possessions » françaises. Questionné sur les deux soldats français de la Finul tués au Liban, il a martelé, sur un ton guerrier : « Alors, moi président, […] je dirai : Je vous préviens. Là où nous mettons des militaires sous casque bleu, qui nous frappe sera frappé. » Déplorant l’absence d’intervention de la Finul, il relate goulûment son entretien avec un de ses responsables, « un [général] français […], un homme tout à fait exceptionnel ».
Tous ceux qui placent leurs espoirs de changement social dans l’élection de Mélenchon devraient s’interroger sur cette posture de chef de guerre, sur cette proximité affichée avec la hiérarchie militaire. Mélenchon se réclame d’ailleurs, par rapport aux États-Unis et à la Chine, de « la ligne gaullo-mitterrandienne ». Dis-moi qui tu fréquentes, je te dirai qui tu es…
Mélenchon se pense donc le mieux placé. Mais pour faire quoi ? Dans sa Lettre au peuple français du 5 mai dernier, il se désole du « déclin du pays sur la scène internationale », se dépêche de lancer la « formule » publicitaire de sa campagne : la « nouvelle France ». Mais, concernant les problèmes vitaux des travailleurs, la formulation reste vague : « Nous voulons le progrès social par les salaires, le temps libéré, la qualité du travail salarié, l’autonomie dans sa vie, l’émancipation des femmes. » Une formulation qui pourrait être reprise quasiment à l’identique par tous les candidats tant elle n’engage à rien.
Et quand bien même Mélenchon se ferait plus précis : par quel moyen ce « progrès social » arriverait-il ? Par le bon-vouloir des patrons auxquels Mélenchon aurait fait la leçon ? La bourgeoisie se ferait sociale d’un seul coup, par la vertu des discours mélenchoniens, par la vertu de la Constitution de cette sixième république promise ? Qui peut croire pareil conte de fées ?
Des travailleurs, des jeunes placent leurs espoirs en Mélenchon. Mais c’est une illusion. La gauche institutionnelle au pouvoir ? Guy Mollet en 1956 : intensification de la guerre d’Algérie. Mitterrand en 1981 ? Tournant thatchérien de la rigueur dès 1983. Jospin en 1997 ? Abandon des travailleurs de Renault-Vilvorde : « L’État ne peut pas tout »… Hollande en 2012 ? Un quinquennat catastrophique pour les travailleurs qui s’est terminé par la loi Travail… et a propulsé Macron.
Mais Mélenchon et LFI représentent une rupture avec cette gauche-là, objecteront certains. Des caractérisations qui ont déjà été faites en Grèce, avec Syriza, ou en Espagne, avec Podemos. On a vu ce que cela a donné !
Alors nous disons à tous les sympathisants et militants de LFI : l’illusion, c’est espérer que le changement auquel ils aspirent viendra du vieux routier de la social-démocratie qu’est Mélenchon, qui se dit toujours admiratif de Mitterrand et a été un ancien bras droit, et ministre, de Jospin.
À l’heure où, du Sri-Lanka à Madagascar, en passant par le Bangladesh et le Népal, de nombreux peuples se soulèvent, la seule chose que Mélenchon n’évoque pas, c’est regarder du côté de la lutte de classe. Les révolutionnaires, eux, ne comptent que là-dessus.
Jean-Jacques Franquier