La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, était l’invitée de France Info le jeudi 22 mai. Interrogée sur les mesures du Premier ministre Lecornu pour pallier la hausse des carburants à la pompe, sur les hausses de prix en général et les salaires, elle n’a pas manqué de dresser un constat de la situation accablant pour le patronat et les pouvoirs publics. Quant aux perspectives qui en découlent, si des travailleurs les attendaient de la responsable CGT, ils seront restés sur leur faim.
La hausse du Smic de 2,4 % est une hausse automatique, due à la hausse des prix. Mais cette hausse n’a aucune répercussion sur les salaires supérieurs, ce qui fait que le Smic rattrape peu à peu les salaires les plus bas : « La France est en train de devenir un pays de smicards ! », a lancé Sophie Binet. Quelles solutions propose-t-elle pour les travailleurs ? Dénonçant le fait, illégal, que, dans la plupart des branches, les minima sont inférieurs au Smic, elle explique : « Il faut ouvrir les négociations partout dans toutes les entreprises, dans toutes les branches et ce qui est scandaleux, c’est que le patronat aujourd’hui refuse de négocier. […] Nous faisons une proposition toute simple pour éviter ça, c’est d’indexer l’ensemble des salaires sur les prix et sur le Smic. »
Très bien : une façon de remettre à l’ordre du jour la revendication de l’échelle mobile des salaires, qui figurait au programme de la CGT avant 1968 et qui a été « oubliée » par la CGT aux négociations de Grenelle, quand il y avait pourtant 10 millions de grévistes dans le pays. Comment y parviendra-t-on maintenant ? Il existe aujourd’hui un gros mécontentement sur les salaires. Sans que ce soit un raz-de-marée, il y a des réactions significatives face au refus du patronat d’augmenter les salaires rongés par les hausses de prix. Sophie Binet a-t-elle annoncé un plan de mobilisation destiné à coordonner et amplifier ces luttes ?
Depuis des décennies que les gouvernements successifs assument ouvertement leur soumission aux désirs du patronat, la seule chose que fait Sophie Binet, c’est réclamer que le gouvernement prenne des mesures… Mais des mesures, il en prend ! Contre les chômeurs, contre les malades, tous accusés de « fraude sociale » ! En revanche, aucune mesure contre les profiteurs de guerre comme Total, dont Sophie Binet réclame de l’État qu’il taxe ses profits, alors que Lecornu a tenu à dénoncer le « Total bashing ». Et c’est à lui qu’on demande des mesures en faveur des travailleurs ? Qu’il prendrait pour les beaux yeux des dirigeants syndicaux ?
Une dénonciation juste de la situation des travailleurs ne suffit pas ! Les travailleurs ont besoin de perspectives tout autres qu’attendre du gouvernement… qu’il ne soit pas ce qu’il est, c’est-à-dire au service des riches. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un rapport de forces qui contraigne patronat et gouvernement à céder sur les salaires, comme sur bien d’autres choses. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un plan de mobilisation pour permettre au mécontentement de se traduire sur le terrain, pour parvenir à un mouvement d’ensemble, seul capable de faire céder patrons et gouvernants.
Sophie Binet a, une nouvelle fois, montré qu’un tel plan ne viendra pas des directions syndicales. Il faudra le construire par en bas, en créant des liens entre entreprises en lutte, en s’adressant aux autres pour qu’elles rejoignent. Les travailleurs ne peuvent compter que sur eux-mêmes !
Jean-Jacques Franquier