Nos vies valent plus que leurs profits

L’A69, ou l’art de climatiser au bitume

Ironie du calendrier : à peine sortis d’un épisode caniculaire et déjà dans l’attente du suivant, le Conseil d’État a validé, le 29 juin, la construction de l’A69, entérinant le défrichement de centaines d’hectares et l’abattage d’environ un millier d’arbres. Quelques jours plus tôt, Thomas Brail, figure de l’opposition au projet, rappelait sur les plateaux télé et radio que les arbres restent les meilleurs climatiseurs face aux canicules. Timing impeccable.

Après une mobilisation grandissante entre 2022 et 2024, marquée par des manifestations, blocages et grèves de la faim, le tribunal administratif de Toulouse avait annulé l’autorisation d’un chantier qui avait avancé à marche forcée, en toute illégalité pendant une longue période. Mais l’annulation avait ensuite été cassée par la cour administrative d’appel en décembre 2025. C’est alors que les associations écologistes s’étaient tournées vers le Conseil d’État, en vain.

Pourtant, en 2022, le Conseil national de la protection de la nature avait rendu un avis défavorable, estimant que le projet ne démontrait pas une « raison impérative d’intérêt public majeur » et pointant ses impacts environnementaux, notamment sur les nappes phréatiques. L’année suivante, près de 90 % des contributions à l’enquête publique environnementale se prononçaient contre le projet.

Cela n’a pas empêché l’État de soutenir le projet envers et contre tout, et de réprimer les manifestations de ses opposants ! Pour Atosca, concessionnaire de l’A69, l’influent groupe régional Pierre Fabre ou encore le président PS du département du Tarn, l’urgence est au « désenclavement de Castres », qui se résume au gain d’une vingtaine de minutes vers Toulouse… et aux bénéfices que rapportera l’A69, notamment avec ses péages à 6,77 euros pour 53 kilomètres.

Barbara Kazan