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Palestine, Iran, Liban : ni justice, ni paix

Plus de 73 00 morts et près de 175 000 blessés à Gaza, à cause des bombardements, mais aussi de la famine, des ruptures de soins ou du manque de médicaments ; près de 750 morts et environ 4 000 blessés, par l’armée ou les colons, en Cisjordanie et à Jérusalem ; plus de 4 000 morts et 16 000 blessés au Liban ; plus de 1 000 morts et autant de blessés en Iran ; partout, le déplacement de dizaines de milliers de personnes et la mise à l’arrêt d’une grande partie de l’économie et des services publics : c’est le bilan sans doute incomplet, des guerres menées depuis octobre 2023 par Netanyahou et, en Iran, son allié Trump.

La reprise, mardi 7 juillet, des attaques iraniennes contre des navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz, suivies de frappes des États-Unis contre plus de 80 cibles en Iran, puis de frappes iraniennes contre des bases des États-Unis au Koweït et à Bahreïn… montre bien la fragilité de l’accord signé le 17 juin, et de toute velléité de paix au Moyen-Orient.

Crise en Palestine

À Gaza, le PIB par habitant est tombé à 161 dollars, parmi les plus bas du monde, avec une inflation de 238 %, et 450 % pour l’alimentation. La quasi-totalité des 2,3 millions d’habitants sont passés sous le seuil de pauvreté. Gaza a été officiellement en état de famine entre août et décembre 2025, et l’insécurité alimentaire reste extrême. La quasi-totalité des écoles et universités sont détruites ou utilisées comme abris, ce qui rend l’accès à l’éducation presque inexistant.

En Cisjordanie, l’Autorité palestinienne, dont la légitimité politique est nulle (Mahmoud Abbas, 90 ans, a été élu à sa présidence en… 2005), voit ses capacités d’action réduites à néant, Israël retenant ses recettes fiscales (5,7 milliards de dollars de taxes et droits de douane) et l’aide internationale étant en baisse. Les salaires des fonctionnaires ont ainsi été drastiquement diminués, malgré l’inflation, et sont payés avec des mois de retard, alors que plus d’un quart de la population de la Cisjordanie dépend directement de cet appareil institutionnel. Entre faillites d’entreprises, impossibilité de se déplacer entre les barrages et checkpoints israéliens, perte du droit d’aller travailler en Israël, le chômage atteint 27 %… Aux violences directes des colons, s’ajoute une véritable asphyxie économique.

Offensive anti-ouvrière en Iran

En Iran, la facilitation des licenciements dans tout le pays (entre 2 et 4 millions d’emplois ont été supprimés et 30 à 50 % sont encore menacés) permet aux patrons d’accentuer la pression contre toute contestation ouvrière, d’imposer les heures supplémentaires, les augmentations de cadences, de différer le versement des salaires, de suspendre les primes.

Au cœur de la pétrochimie, dans la zone économique spéciale de Mahshahr (région arabe du Khouzistan), les entreprises prétextent des bombardements d’avril dernier, et du caractère « confidentiel » de l’ampleur des dégâts, pour licencier hors même de tout cadre légal. La majorité des travailleurs privés d’emploi le sont aussi d’assurance chômage.

Les dirigeants du régime s’enrichissent toujours et sèment la terreur, avec leurs milices, les arrestations et exécutions d’opposants… Début juillet, ils ont utilisé les cérémonies d’hommage au guide suprême Ali Khamenei comme démonstration de force en mobilisant plusieurs millions de personnes, tout en exagérant considérablement les chiffres de la participation aux rassemblements.

Le pouvoir s’est surtout recomposé autour de son noyau dur, celui des gardiens de la révolution. Il n’en est pas moins divisé, notamment concernant les accords avec Trump, mais aussi la redistribution entre les secteurs de la classe dominante des responsabilités et de l’accès à la manne financière et rentière qui s’ouvre avec les nouveaux accords.

La paix entre Téhéran et Washington est sans doute instable. Elle dépendra en grande partie de rapports de force internationaux, au Moyen-Orient en au-delà. Mais la trêve pourrait néanmoins permettre une remobilisation de la classe ouvrière et de la jeunesse.

Menace de guerre civile et de « nouveau Gaza » au Liban

L’accord-cadre signé à Washington le 26 juin entre Israël et le Liban, outre qu’il prévoit (dans son article 13) l’impunité des crimes de guerre israéliens, conditionne au désarmement complet du Hezbollah le retrait israélien et le retour des déplacés. Il fait du gouvernement libanais un outil de mise en œuvre des exigences de Netanyahou.

Après en avoir assassiné les principaux dirigeants en 2024, l’armée israélienne n’a pas réussi à détruire le Hezbollah. Celui-ci a reconstitué une partie de ses capacités, notamment sa flotte de drones, qui lui a permis d’infliger quelques dégâts aux forces israéliennes. Ce serait donc au gouvernement de Beyrouth de faire le sale boulot, alors que ses capacités militaires sont loin de rivaliser avec celles du Hezbollah. Cela reviendrait à déclencher une nouvelle guerre civile, même si, pour l’heure, le président Aoun aurait de grandes difficultés à l’assumer.

Maintenant que la famille Assad a été chassée du pouvoir et que le nouveau gouvernement syrien semble peu enclin à se mêler des affaires libanaises, Netanyahou pense sans doute que le moment est venu d’en finir avec le Hezbollah. Celui-ci est certes critiqué jusque dans la population chiite pour son intégration à l’État et au gouvernement, ses pratiques autoritaires, notamment pour empêcher la contestation sociale, et sa relance de la guerre contre Israël l’hiver dernier, directement pour le compte de l’Iran… d’autant qu’il n’a plus la même capacité à indemniser les victimes des bombardements et à venir en aide aux déplacés.

Mais il reste le parti qui organise la vie des classes populaires des zones chiites (le nord et l’ouest de la plaine de la Bekaa, le sud du pays et de Beyrouth) autour de réseaux d’entraide, d’œuvres sociales, de services publics qui ne sont pas assurés par l’État… Et la seule force à même d’affronter l’armée israélienne et de protéger la population de l’invasion.

Le 30 mai 2024, interviewé sur TF1, Netanyahou présentait la guerre menée par Israël contre le Hamas comme la lutte de la « civilisation judéo-chrétienne contre la barbarie » et justifiait son refus d’un État palestinien en qualifiant celui-ci, s’il existait, d’« État fantoche de l’Iran », à partir duquel des groupes armés pourraient frapper « l’Occident ».

Aujourd’hui, il ne cache pas sa volonté de faire du Sud-Liban un nouveau Gaza… avec tout ce que cela implique.

Jean-Baptiste Pelé

 

 


 

 

La guerre civile libanaise (1975-1990) a vu s’affronter deux camps : le Mouvement national libanais et le Front libanais.

Le premier était une coalition de partis de gauche (Parti communiste, partis nationalistes arabes), du parti chiite Amal (dont une scission ultérieure est devenue le Hezbollah) et de composantes de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). Son assise se trouvait parmi les populations rurales musulmanes chiites et druzes, reléguées dans des positions subalternes, loin du cœur de la société libanaise, et les réfugiés palestiniens. Ce « secteur palestino-progressiste » avait le soutien de la Syrie d’Hafez el-Assad, qui a occupé le nord-ouest du Liban de 1976 à 2005 – en alliance avec certains secteurs de la bourgeoisie chrétienne.

Le second regroupait des partis chrétiens défenseurs de l’ordre, de la propriété et de la domination de la bourgeoisie maronite et de ses alliés (dont les Phalanges, groupes armés du parti Kataëb, qui ont commis en septembre 1982 les massacre des camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila, faisant entre 800 et 3 500 morts). En 1982, Israël lui est venu en aide en envahissant le Sud-Liban, jusqu’à s’en faire chasser par le Hezbollah en 2000.