
Militarisation, tensions impérialistes, classe ouvrière et montée de l’extrême droite au Japon : entretien avec un militant marxiste de la Ligue communiste révolutionnaire du Japon – Faction Tankyu-ha, en mai 2026.
Comment se déroule la remilitarisation du Japon ?
Dans le cadre d’une accentuation des rivalités avec la Chine, le gouvernement Takaichi renforce les Forces d’autodéfense, maritimes notamment, et déploie massivement des missiles. Le recours à la force militaire est pourtant interdit par la Constitution, mais Takaichi tente actuellement de la réviser. De nombreuses organisations de gauche et des syndicats s’y opposent. Récemment, 30 000 manifestants défilaient devant le Parlement contre ce projet de révision de la Constitution. Cela reste encore excessivement faible.
Qu’en est-il de l’opposition des jeunes à l’impérialisme au Japon ?
À l’heure actuelle, difficile d’affirmer que les jeunes adoptent massivement une position critique à l’égard de l’impérialisme. Le discours selon lequel les États-Unis assurent la défense du pays a longtemps été largement accepté. Mais, depuis l’élection de Trump, cette position perd en crédibilité auprès de la classe ouvrière, particulièrement des jeunes. Dans le même temps, la perception d’une menace chinoise progresse sérieusement. Nous pensons qu’il est indispensable d’appeler à mettre en échec les guerres impérialistes et de développer, aux côtés des travailleurs chinois, une opposition à la guerre fondée sur l’internationalisme prolétarien.
Quelle a été la conséquence de l’agression de l’Iran par les États-Unis pour la classe ouvrière japonaise ?
L’approvisionnement énergétique du Japon dépendait principalement du Moyen-Orient. Depuis le début des attaques américaines contre l’Iran, la fermeture du détroit d’Ormuz a entraîné une hausse rapide des prix de l’énergie, ainsi qu’une très forte augmentation du coût des produits de première nécessité. Cette inflation alimente le mécontentement de la classe ouvrière, et le gouvernement Takaichi agite le nationalisme pour tenter de contenir cette colère.
Qu’en est-il de la montée de l’extrême droite au Japon ?
La progression des forces d’extrême droite japonaises est très importante et fortement liée à la volonté du gouvernement d’accentuer la confrontation avec la Chine, comme au travers de campagnes affirmant que les étrangers volent les emplois des travailleurs japonais. Face à cela, l’extrême gauche ne parvient pas à peser particulièrement, mais nous tentons, avec la Faction Tankyu-ha, de construire une opposition au nationalisme au sein de la classe ouvrière. Nous essayons de convaincre d’une perspective internationaliste ceux qui se laissent influencer par les discours d’extrême droite dans les entreprises et dans les quartiers.
Où en est la combativité de classe ouvrière japonaise à l’heure actuelle ?
Dans les années 1960-1970, il existait d’importants mouvements étudiants et ouvriers comme en 1968, et un vaste mouvement s’était développé contre le traité de sécurité [de 1960] entre le Japon et les États-Unis. Depuis les années 1980, une grande partie du mouvement ouvrier japonais a été démantelée et détruite, à la suite d’affrontements entre différentes tendances d’extrême gauche, et par les interventions impérialistes ciblant le mouvement ouvrier.
Aujourd’hui, le mouvement social semble connaître un certain renouveau, mais reste confronté à un problème décisif : l’absence de direction politique. C’est pourquoi nous pensons qu’il est nécessaire de reconstruire un parti marxiste et internationaliste à grande échelle.
Quels sont les objectifs, à moyen terme, pour les communistes révolutionnaires ?
Pour nous, communistes révolutionnaires, l’urgence consiste à mobiliser la classe ouvrière contre le nationalisme. Nous devons construire une force importante, à même de renverser le gouvernement Takaichi. Pour cela, nous devons sensibiliser et former massivement au marxisme les jeunes travailleurs dans les entreprises et les syndicats, et les étudiants dans les universités. Ainsi, nous menons une activité de publication de journaux et de livres, où nous cherchons à gagner des travailleurs et étudiants au marxisme. Concernant notre objectif immédiat, notre tâche est de construire un grand mouvement capable de renverser le gouvernement Takaichi l’année qui vient.
Nous considérons également comme important d’œuvrer au rassemblement de forces politiques internationalistes opposées aux guerres impérialistes. Nous voulons contribuer à une réflexion commune avec les autres partis révolutionnaires du globe dans ce contexte de crise de l’impérialisme et de l’ordre mondial. Il s’agit aussi de confronter nos points de vue, notamment avec ceux qui militent en Europe, afin de construire ensemble une base aussi large que possible.