Depuis quatre semaines la Bolivie est traversée par une crise sociale majeure que le gouvernement de Rodrigo Paz (conservateur réactionnaire) n’arrive pas à contenir. Ni par la répression, déjà cinq morts, dont quatre le 18 mai à La Paz, lors de manifestations syndicales, ni par des négociations que la base organisée a ouvertement rejetées. La bourgeoisie créole affiche depuis le 24 mai ses divisions avec, face au gouvernement, le pôle des grands propriétaires de matières premières (lithium, soit 40 % des réserves mondiales, étain, gaz) et agricoles (canne à sucre, soja) de Santa Cruz. Son bras politique, le Comité Civico pro-Santa Cruz, affirme désormais qu’il y a un « vide politique », exige la « mise en place d’un état d’exception » et mobilise sa milice privée. Juste avant le pont de la Pentecôte, l’Assemblée nationale, dirigée par la droite dure, a laissé fuiter l’idée d’une révision constitutionnelle… précisément en faveur d’un état d’exception. Les députés sont empêchés de se réunir par une population en colère : la séance parlementaire se tient par vidéo. Pendant ce temps, le secrétaire de la Centrale ouvrière de Bolivie (COB) est sous le coup d’un mandat d’arrêt.
Une droite dure
Cette contestation sociale répond à une série de réformes, de reculs sociaux imposés par un président conservateur qui, depuis novembre 2025 voudrait reprendre l’initiative sur le marché mondial en menant une guerre de classe féroce. C’est le même cabinet privé qui conseille le Honduras, l’Argentine de Milei et… la Bolivie. Le décret 5503 ouvre les investissements privés afin de démanteler les secteurs publics, les subventions publiques (comme le prix de l’essence, qui a flambé comme ici), le marché des terres qui était en partie régulé. Les fonds du FMI sont dirigés vers ces prétendus courageux entrepreneurs.
La grève des mineurs, des enseignants et d’autres secteurs a été puissante, suivie pendant des semaines. Mais c’est le décret 1720 qui a été le facteur explosif. Il permet, via le micro crédit (Rodrigo Paz est fils de président de la République, mais aussi économiste), la prétendue acquisition par les paysans de titres de propriété. Les organisations paysannes ont vu la supercherie : devenir propriétaire, s’endetter, revendre aux grands propriétaires, en finir ainsi avec leurs seuls revenus et au passage la culture vivrière du pays.
Les travailleurs ont pris l’initiative, pas encore les rênes du mouvement
Ce mouvement est puissant et regroupe plusieurs classes aux méthodes de luttes différentes : grève, occupations, blocages. La COB, à son dernier congrès, a débarqué l’ancienne direction trop liée à la gauche traditionnelle, sans être prête pour autant à laisser la base décider. Pour le moment, les comités de quartiers, assemblées générales de salariés, d’étudiants, associations combatives de paysans ont intégré une assemblée générale clandestine, sous la protection et peut être la tutelle de la COB. Une forme de contre-pouvoir qui va devoir s’organiser face à une bourgeoisie prête à tous les coups de force.
Robert Daman