Nos vies valent plus que leurs profits

Ehpad de Cancale : grève contre la dégradation des conditions de travail

Le 7 mai, le personnel de l’Ehpad de Cancale s’est mis en grève à l’appel du syndicat Sud et rassemblé devant l’entrée de l’établissement, soutenu par d’autres soignantes et soignants venus de l’hôpital de Saint-Malo dont dépend l’établissement.

Entretien avec Katia qui travaille depuis 27 ans dans cet Ehpad.

 

 

Pourquoi ce coup de colère ?

C’est la question des congés qui a fait déborder le vase. Depuis la fusion de l’Ehpad dans le groupe hospitalier Rance Émeraude (qui regroupe les hôpitaux de Saint-Malo, Cancale et Dinan), notre situation n’a pas cessé de se dégrader. Le principal problème, c’est le manque de personnel. Nous sommes 120 et il faudrait au moins dix agents de plus pour prendre en charge correctement les résidents. Nous courons sans arrêt. L’équipe de nuit se retrouve par exemple à quatre pour s’occuper de 120 patients, un par secteur de trente personnes. Beaucoup de collègues craquent. Il y a de plus en plus d’arrêts maladie qui ne sont pas remplacés. À l’approche de l’été, nous sommes tous et toutes très inquiets. Nous avions auparavant droit à trois semaines de vacances consécutives. Désormais, ça risque d’être limité à deux, avec une souplesse réduite pour choisir la période. On travaille déjà un week-end sur deux et on nous supprime des week-ends de repos.

Les conditions de vie des résidents s’en ressentent-elles ?

On fait tout ce qu’on peut pour limiter les répercussions de cette politique d’économies systématiques, mais c’est impossible. Quelques exemples. Certains résidents prennent leur repas dans leur chambre, d’autres, les plus mobiles, préfèrent le restaurant qui est un lieu de convivialité. Mais, avec le manque de personnel, on a été obligé de fermer le restaurant le soir. Pour le petit déjeuner, nous ne sommes pas assez nombreuses pour aller les chercher. Ils font des économies sur tout. Auparavant, les résidents avaient droit tous les dimanches à des croissants frais qui venaient d’une boulangerie locale. Maintenant, ce sont des pains au lait industriels et seulement les jours fériés. Idem pour les apéros, il n’y a plus de choix, uniquement du pétillant.

Et sur le plan matériel, l’Ehpad est-il en bon état ?

Ça commence à être vétuste. C’est comme à l’hôpital de Saint-Malo, il y a des fuites dans les plafonds lors des fortes pluies. Pour les réparations, auparavant il y avait deux agents d’entretien permanents. Ils les ont supprimés. Il faut donc faire appel à des sociétés extérieures. Et, pour ça, il y a toute une procédure, il faut remplir un bon, ce qui fait du travail administratif en plus…

Que dit la direction ?

Du bla-bla. La direction parle de « dialogue social » devant les journalistes, mais on ne la voit quasiment pas. Elle n’est plus sur place. Si un mouvement n’arrive pas à les faire céder, le risque c’est que pas mal de personnes se découragent et cherchent la solution individuelle en changeant de métier. Ça fait 27 ans que j’exerce de métier et je l’aime, mais c’est très déprimant de ne pas pouvoir répondre aux attentes. On travaille avec des êtres humains, pas avec des boîtes de conserve.