À quelques jours des négociations entre Israël et le gouvernement libanais qui doivent s’ouvrir les 14 et 15 mai à Washington, le président libanais Joseph Aoun et son Premier ministre Nawaf Salam ont demandé aux dirigeants américains de faire pression sur Israël pour « mettre fin aux attaques et violations persistantes, en vue de consolider le cessez-le-feu ». Car, de cessez-le-feu, officiellement entré en vigueur sous la houlette des États-Unis depuis le 17 avril, il n’y a en réalité pas, et l’armée israélienne continue à bombarder.
Le bilan des frappes israéliennes depuis mars, se monte à au moins de 2 869 morts et plus de 8 000 blessés (selon les chiffres officiels), dont une quarantaine de morts depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Il faut ajouter plus d’un million de déplacés, des villages du Sud-Liban rasés et des quartiers de Beyrouth détruits. Cessez-le-feu ou pas, négociation ou pas, l’armée israélienne continue dans le Sud-Liban à lancer ses ordres d’évacuation juste avant de venir raser un nouveau village. C’est une large zone tampon, peut-être future zone de colonisation, qu’Israël entend se tailler dans le sud du pays vidé de sa population.
Les jérémiades des deux chefs de l’exécutif libanais auprès de Trump pour qu’il bride un peu son protégé ont peu de chance d’être suivies d’effet. Joseph Aoun, issu de la droite chrétienne libanaise, et son Premier ministre, censé représenter les autres communautés, à l’exception de la communauté chiite, dénoncent non pas Israël, mais le Hezbollah et l’Iran comme responsables de « la guerre des autres sur le sol libanais ». Mais signer un accord avec Israël ou même une réelle trêve semble bien difficile. D’autant que le troisième homme du pouvoir, président du Parlement et ministre des Finances, chef du parti chiite Amal (proche mais concurrent du Hezbollah dans la communauté) refuse de « négocier sous le feu ».
Les bombardements menés par Israël au Liban avec l’aval des États-Unis, mais aussi l’objectif de la France qui préfèrerait qu’Israël modère ses élans pour donner le temps et les moyens à l’armée libanaise d’écraser elle-même les troupes du Hezbollah, pourraient bien réveiller les flammes de la guerre intercommunautaire libanaise.
La révolte sociale qui avait explosé au Liban en 2019-2020 et s’en était prise à tous les partis qui se partageaient le pouvoir avait de quoi offrir une tout autre perspective, que la guerre actuelle étouffe.
Olivier Belin