Karim Bouamrane, maire (PS) de Saint-Ouen depuis 2020, a les dents qui rayent le parquet. Après avoir cru à un poste de Premier ministre en 2024, il avait prévu de prendre en avril la tête de l’intercommunalité. Défait par Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, il se trouve aujourd’hui enfin face à un adversaire à sa mesure : Master Poulet, enseigne de restauration rapide qui vend du poulet bon marché. Au nom de la défense de la nourriture saine et du calme dans ce quartier qui accueille la table du chef (et patron exploiteur) Thierry Marx, le maire part en croisade contre l’enseigne. Son intolérance pour la malbouffe est à géométrie variable : un Burger King se situe à 50 mètres du Master Poulet.
Le maire n’a rien contre les groupes capitalistes de restauration rapide, mais contre les groupes de jeunes de quartiers populaires, friands de cette enseigne à la mode. Bouamrane, qui avait décrété il y a quelques années un couvre-feu à 22 heures et une augmentation du nombre de policiers, préfère les poulets armés au poulet braisé !
Après que le tribunal a ordonné d’enlever les 14 blocs de béton que le maire avait installé pour barrer l’accès au restaurant, celui-ci a récidivé avec plusieurs pots de fleurs géants particulièrement odorants aux frais de la mairie – sur une ligne budgétaire dédiée à la démagogie sécuritaire ?
Espérons que les habitants rabattent le caquet de ce coq particulièrement bruyant. Et qu’ils refusent de donner crédit le moindre crédit à Master Poulet, qui profite de l’acharnement stupide du maire pour se faire passer pour un héros de la lutte contre la vie chère, affichant sur son fronton : « Nous refusons d’augmenter nos prix, n’en déplaise à Karim ». Le groupe aurait pu ajouter : « Nous refusons de baisser nos marges, n’en déplaise à nos 800 salariés payés à peine au-dessus du SMIC. »
Robin Klimt