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Ortograf toi-même !

Le ministre Édouard Geffray vient de trouver le remède universel aux problèmes dans l’éducation : « L’acquisition du langage, c’est-à-dire de la capacité croissante à élaborer une pensée complexe, est notre premier objectif pédagogique, dans toutes les disciplines. » Belle découverte !

Par « acquisition du langage », le ministre entend usage de la « bonne » orthographe. En conséquence, ses services planchent sur un barème destiné à enlever des points aux copies du brevet et du bac « y compris [dans] les disciplines scientifiques, où l’orthographe n’était pas considérée comme prioritaire ».

Ainsi l’orthographe française, ce maquis de règles le plus souvent impénétrables pour le commun des mortels, est, une fois de plus, érigée en critère d’intelligence et de culture. Mais qui oserait sérieusement prétendre, par exemple, que des langues proches du français comme l’italien ou le castillan ne seraient pas des langues de culture et que leur usage empêcherait « d’élaborer une pensée complexe », sous prétexte que leur orthographe est beaucoup plus simple, et plus logique, que celle du français ? En réalité, la complexité du français et de son écriture a été fixée dès le XVIIe siècle par l’Académie française, à l’époque royale, un groupe de lettrés réactionnaires à mille lieues du souci de rendre la langue accessible, à une époque où l’immense majorité de la population était illettrée. La situation a depuis perduré.

Mais, en réalité, le ministre se fiche bien de l’orthographe. Il s’agit tout d’abord de montrer du doigt les enseignants. En effet, si le résultat est décevant, ceux qui enseignent sont forcément ceux qui enseignent mal… aux yeux du ministre et du public réactionnaire. Et surtout, de servir une diversion aux problèmes de l’Éducation nationale, qui sont bien réels, mais liés pour l’essentiel à la restriction des moyens.

Embauche massive de personnel dans l’Éducation, voilà la condition pour que les élèves puissent apprendre l’orthographe… et tout le reste !

Michel Grandry