Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Chaud partisan de la suppression du droit du sol à Mayotte, annoncée par Darmanin et le gouvernement, le président du Sénat, Gérard Larcher, veut aller plus loin. Il souhaite que ce débat ne soit pas limité à Mayotte mais s’étende aussi à d’autres territoires d’outre-mer, comme la Guyane et l’île de Saint-Martin, dans les Petites Antilles. Et demain, de fil en aiguille, on risque de voir apparaître sur la liste la Guadeloupe, la Martinique, voire la Réunion. Le tout soi-disant pour se « protéger » bien sûr de « l’immigration illégale ». Mais ce débat dégage comme un fumet de racisme, toutes les collectivités concernées étant majoritairement habitées par des gens de couleur…

Le 14 février 1974, à Basse-Pointe, les gendarmes ouvraient le feu sur des ouvriers agricoles de la banane qui manifestaient pour leurs conditions de vie et de salaire. Deux d’entre eux, Rénor Ilmany, 55 ans, et Georges Marie Louise, 19 ans, trouvèrent la mort dans ces affrontements et de nombreux autres travailleurs furent blessés. La grève devait se poursuivre jusqu’au 19 février. Outre les questions touchant aux salaires et rémunérations, ils s’opposaient aux licenciements et défendaient leurs conditions de travail et leurs droits syndicaux. Ils mettaient aussi en cause l’utilisation massive des pesticides dans les bananeraies qui portait directement atteinte à leur santé. Leur grève trouva un large écho dans les autres couches de la classe ouvrière martiniquaise pour lesquelles elle demeure un symbole de la lutte.

L’indice CAC 40, qui regroupe les plus grandes entreprises présentes à la Bourse de Paris, a battu un nouveau record « historique » à plus de 7 700 points. Ce sont surtout les très bons résultats de Renault, Stellantis et Safran qui ont permis à l’indice boursier de se sentir pousser des ailes. Renault et Stellantis ont en effet annoncé de solides bénéfices qui ont fait décoller le cours de leurs actions, plus de 6 % pour le premier (+ 15 % sur un mois) et plus de 5 % pour le second (+ 18 % sur un mois). Quant à Safran, il affiche un résultat net en hausse de 72 %. Cette tendance « haussière », pour reprendre le terme des boursicoteurs, affecte la plupart des actions des entreprises… mais évidemment pas les salaires de ceux et celles qu’elles emploient. Il est donc grand temps que les travailleurs leur demandent des comptes.

La plainte en diffamation de Karim Benzema contre le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui avait affirmé que le footballeur était en lien « notoire » avec l’organisation islamiste des Frères musulmans, a été classée sans suite, a annoncé le procureur général Rémy Heitz. Darmanin n’avait pas digéré la solidarité affichée par la star du ballon rond à l’égard des Palestiniens et avait suggéré qu’il était en cheville avec les Frères musulmans, une organisation classée comme « terroriste » dans de nombreux pays. Sans avancer bien sûr le moindre début de preuve pour étayer son accusation. La Cour retient que « la plainte de M. Benzema est relative à des propos qui ne lui imputent aucun fait qui soit de nature à porter atteinte à son honneur ou à sa considération ». Traiter un homme de terroriste ne porte donc nullement préjudice à celui qui est visé. Curieux raisonnement qui ne rehausse pas l’honneur et la considération que l’on est supposé porter à la Cour de cassation.

Selon le bilan dressé par le Comité de protection des journalistes (CPJ), 99 journalistes ont été tués en 2023 dans l’exercice de leur métier, dont soixante-douze « dans des attaques israéliennes sur Gaza ». Dans son rapport annuel le CPJ annonce une hausse de 44 % en un an du nombre de professionnels de la presse tués sur la planète. Hors Gaza, 22 journalistes et employés de médias ont trouvé la mort dans 18 pays. À côté du Proche-Orient, les Philippines et la Somalie sont « parmi les pays les plus meurtriers pour la presse », avertit le CPJ. Et de conclure : « Les souffrances des journalistes palestiniens dans cette guerre auront des effets durables sur le journalisme, non seulement dans les territoires palestiniens, mais aussi dans la région et au-delà. Chaque journaliste tué est une atteinte à notre compréhension du monde. »

Depuis le discours de Gabriel Attal sur la semaine de 35 heures en quatre jours, la presse patronale chante les louanges de ce dispositif qu’elle trouve formidable. Récemment, le journal Challenges dépeignait la joie avec laquelle un conducteur de bus de Dunkerque profitait de ses longs week-ends. Mais, parce qu’il y a un mais, cela se paie d’un allongement du travail quotidien et donc, de l’amplitude. Pour le patron, une fois réglés les détails techniques liés aux plannings, cela revient au même : même temps de travail, même salaire et donc même profit sur notre dos. La solution, c’est peut-être bien la semaine de quatre jours, mais alors sans augmenter la durée quotidienne de travail, bref, la semaine de 28 heures !

… d’après le bulletin Interurbain Isère

Gabriel Attal a en ligne de mire le logement social qu’il veut limiter notamment en modifiant la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbains (dite loi SRU), qui date de 2000, et en laissant aux maires le soin d’attribuer des nouveaux logements sociaux construits sur leurs communes. Pour mener à bien cette tâche, Attal a choisi comme ministre délégué au logement Guillaume Kasbarian. Ancien député Renaissance d’Eure-et-Loir il s’est fait connaître en mettant en avant une proposition de loi visant à pourchasser les occupations illégales et facilitant les expulsions. Mieux il prévoyait aussi des peines allant jusqu’à six mois de prison ferme pour les locataires incapables de payer leur loyer. Une disposition finalement supprimée par le Sénat. C’est aussi un opposant farouche au droit au logement, institué timidement en 1990 et renforcé en 2007. Avec lui, les 330 000 personnes à la rue et les 2,6 millions de ménages en attente d’un logement social ne sont pas près d’avoir un véritable toit.

Le Comité européen des droits sociaux, organe qui dépend du Conseil de l’Europe, a statué en estimant que la différence de rémunération entre les sapeurs-pompiers volontaires et professionnels constitue un traitement discriminatoire au regard de la Charte sociale européenne. Le Comité avait été saisi par l’Union syndicale Solidaires SDIS (Sud Service départemental d’incendie et de secours), qui estimait, à juste raison, que l’absence de reconnaissance de la qualité de « travailleurs » des sapeurs-pompiers volontaires, qui n’ont ni le statut de fonctionnaire, contrairement aux sapeurs-pompiers professionnels, ni celui de salarié soumis au Code du travail, portait un grave préjudice à leurs droits. Actuellement, sur un total de 252 700 pompiers, 197 800 sont des volontaires. « Alors que 78,6 % des sapeurs-pompiers de France sont des volontaires, et qu’ils se chargent de 34 % à 66 % des activités courantes de lutte contre l’incendie », le montant de leurs indemnités représentait « moins d’un quart de l’ensemble de la masse salariale du système de sécurité civile » a noté le Comité. En plus il rappelle que « la très grande majorité des départements ne respectent pas l’obligation de fixer un plafond du temps de travail des pompiers volontaires ». Bref des travailleurs corvéables à merci, qui exercent un métier à risque et sont payés au lance-pierre. C’est ce qui devrait changer.

Une vaste étude associant plusieurs organismes (l’Inserm, l’Inrae, Sorbonne-Paris-Nord, université Paris-Cité et le Cnam) vient de mettre à nouveau en lumière les effets potentiellement cancérigènes de certains additifs alimentaires : carraghénane, diphosphates, pectine… Autant de produits que l’agrobusiness utilise à haute dose pour améliorer la conservation, le goût ou la présentation de ses articles (yaourts, charcuterie, confitures, viennoiseries industrielles…). Mais à quel prix pour notre santé ? En analysant les données de santé de 92 000 adultes pendant sept ans, et en suivant leur régime alimentaire, les chercheurs ont documenté l’apparition de 2 604 cas de cancers au sein de l’échantillon. Une fois pris en compte les facteurs cancérigènes connus (cigarette, alcool, manque d’activité physique…), ces cas ont montré que ceux qui consommaient plus d’additifs alimentaires que la moyenne avaient plus de risque d’avoir un cancer. Or cet additif, on le retrouve un peu partout dans les aliments ultra-transformés qui sont souvent les moins chers. Et, encore une fois, les plus pauvres sont de fait les plus exposés.