Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

C’est Mediapart qui révèle l‘information. Alors que le procès en appel de Sarkozy dans l’affaire des financements libyens bat son plein, Arnaud Lagardère, le PDG du groupe de médias et de distribution du même nom, passé sous le contrôle de Vincent Bolloré, a réitéré son soutien à l’ex-président. Lors de l’assemblée générale des actionnaires, à Paris, Lagardère, a qualifié l’ancien président de la République d’« un ami du groupe » – et a souligné qu’il serait maintenu dans son statut d’administrateur, y compris en cas de confirmation de sa condamnation. De la part d’Arnaud Lagardère lui-même empêtré dans plusieurs affaires judiciaires, c’est, en quelque sorte, une solidarité entre délinquants.

Une note publiée par la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques révèle que plus d’un tiers des foyers éligibles au revenu de solidarité active (RSA) ne touche pas cette prestation sociale, ce qui représente environ 560 000 familles. En effet, le versement du RSA n’est pas automatique et il faut le demander auprès de la Caisse d’allocations familiales. Beaucoup ne font pas la démarche par ignorance. C’est le cas des personnes âgées qui se perdent dans les démarches administratives qui se font désormais par Internet qu’elles ne maîtrisent pas. Et au lieu de nous bassiner régulièrement sur la fraude sociale dont se rendraient coupables les plus pauvres, les pouvoirs publics feraient mieux de consacrer plus d’effort à ceux qui ont droit à ces prestations sans les percevoir, notamment en rendant automatique le versement du RSA.

Omar Alsoumi, cofondateur et porte-parole du collectif Urgence Palestine, comparait devant le tribunal correctionnel de Paris pour « apologie du terrorisme ». C’est le 17 mars 2005 que Bruno Retailleau, alors ministre de l’Intérieur, signalait au parquet Alsoumi et, deux mois plus tard, demandait la dissolution d’Urgence Palestine. Sur le fond, ce qu’on lui reproche, c’est sa dénonciation du génocide commis par Israël dans la bande de Gaza, la colonisation forcée qui se poursuit en Cisjordanie et les crimes de guerre de l’armée sioniste, non seulement dans les territoires palestiniens mais aussi au Liban et en Iran. Selon l’une de ses avocates, Me Elsa Marcel, ce procès « démontre l’hypocrisie de l’État français, qui prétend d’un côté reconnaître l’État de la Palestine, mais qui de l’autre continue de persécuter les voix qui expriment leur solidarité avec la cause palestinienne ». Solidarité avec Alsoumi et Urgence Palestine !

D’après une enquête de l’Agence France-Presse portant sur 7 299 stations, les prix du SP95 et SP98 ont atteint leur plus haut niveau depuis le début de la guerre contre l’Iran, lancée il y a plus de deux mois par les États-Unis et Israël. Le prix du litre de super sans plomb SP95-E10, l’essence la plus consommée dans le pays, était en moyenne mercredi 6 avril à 2,038 euros. C’est 32 centimes de plus (+18,47 %) par rapport au 27 février, veille des premières frappes sur l’Iran. Le SP98 s’affichait à 2,123 euros le litre une hausse de près de 30 centimes (+16,29 %). Face à cela le gouvernement a adopté quelques mesurettes et se refuse toujours à s’en prendre aux sur-profits des raffineurs et des distributeurs. Bien mieux, le principal d’entre eux, TotalEnergies, accusé notamment de « profiter de la guerre » après avoir révélé ses records de bénéfices au premier trimestre, a menacé les pouvoirs publics d’arrêter son plafonnement du prix des carburants dans ses stations-service en cas de surtaxe sur ses profits. Et, comme d’habitude, le gouvernement se couche…

La loi Anti-gaspillage pour une économie circulaire, promulguée en 2020, imposait la fin progressive des plastiques à usage unique à l’horizon 2040 et leur réduction de 20 % prévue dès la fin 2025 par rapport à 2018. On est très loin du compte. Les associations Que Choisir Ensemble (ex-UFC Que Choisir) et No plastic in My Sea (pas de plastique dans ma mer) dénoncent l’omniprésence du plastique dans les supermarchés. Elles ont enquêté dans 1 659 magasins affiliés à 11 enseignes de la grande distribution (Leclerc, Carrefour, Intermarché, Coopérative U, Auchan, Lidl, Aldi, Monoprix) et aux spécialistes du bio (Biocoop, La Vie claire et Naturalia). Si les magasins bio font un peu mieux que les autres, les plastiques ne sont pas près de disparaître des rayons. En première ligne, les eaux et boissons en bouteille, un des produits phare des grandes surfaces, qui comptent pour « près de 40 % des plastiques à usage unique ». Leur vente ne cesse d’augmenter et l’objectif de réduire de 50 % le nombre de bouteilles plastiques d’ici 2030 est inatteignable. Quant aux fruits et légumes, leur vente en vrac reste très minoritaire. Bref on a passé une belle loi, mais on ne force pas trop la grande distribution à l’appliquer.

La décision de la préfecture du Haut-Rhin de faire abattre des centaines d’arbres d’une forêt en vue du passage du Tour de France a provoqué la colère des riverains et d’associations de défense de l’environnement. À cette occasion plusieurs d’entre elles (Alsace Nature, la section alsacienne de la Ligue de protection des oiseaux, le Groupe d’études et de protection des mammifères d’Alsace et l’association Bufo) ont publié un communiqué qui indique : « À l’approche du passage du Tour de France dans le massif des Vosges, un chantier d’ampleur est en cours sur la RD466, entre Sewen et le sommet du Ballon d’Alsace ». Et d’ajouter : « Si la sécurisation des routes peut constituer un objectif légitime, la période des travaux et les méthodes employées interrogent profondément. » Il s’agit en effet de la période de reproduction ou de nidification, et les associations craignent une véritable saignée face à l’abattage de 1071 arbres sur une portion de 4,5 kilomètres. Quant au prestataire retenu il va se payer sur la valorisation du bois coupé. Autant dire qu’il met les bouchées doubles. De son côté la direction du Tour affirme n’avoir rien demandé. Peut-être. Mais face à un évènement sportif et surtout commercial de cette importance, un millier d’arbres ne pèsent pas

Au cours de son voyage en Arménie, Macron a commenté la crise énergétique. Il a notamment déclaré que les Européens devront « répondre » en cas de profits pétroliers « excessifs » ou de « comportements un peu prédateurs ». Sauf que depuis deux mois raffineurs et distributeurs engrangent des profits « excessifs », se montrent « prédateurs » et pas qu’un peu. Mais Macron laisse faire. De même, le ministre de l’Économie, Roland Lescure, quémande, sans succès jusqu’à présent, un « geste commercial » aux principaux acteurs de la distribution alors que Sébastien Lecornu « exhorte » TotalEnergies à bloquer les prix à la pompe. Mais pas question de prendre des mesures concrètes pour confisquer les surprofits des grands groupes capitalistes.

À l’occasion du Teknival du 1er mai, une rave party « illégale » qui s’est déroulée pendant plusieurs jours près de Bourges (Cher) sur un ancien terrain militaire, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, a fait son cinéma. Il a mobilisé plusieurs milliers de policiers et gendarmes, s’est rendu sur place et a squatté les journaux télévisés et la presse écrite pour démontrer sa « fermeté ». Au final, plusieurs milliers de jeunes participants ont été verbalisés. Par contre on n’a pas entendu Nuñez lorsque le mois dernier le collectif d’extrême droite « Le Canon français », financé par le milliardaire Pierre-Édouard Stérin, a organisé à Caen (Calvados) un banquet géant de 4 000 personnes au cours duquel on a vu se multiplier saluts nazis et propos racistes anti-musulmans. Bien mieux, les participants ont pu défiler dans les rues, en insultant parfois les passants, sans être inquiétés et encore moins verbalisés. Pour Nuñez les jeunes accros à la musique techno sont de dangereux délinquants et les néo-nazis de paisibles citoyens.

Dans le cadre de la crise qui, depuis des années, touche le périscolaire parisien, un animateur de 47 ans comparaît en correctionnelle. On lui reproche du harcèlement sexuel sur neuf fillettes et des agressions sexuelles sur trois d’entre elles. L’agent avait été suspendu en octobre 2024 et placé sous contrôle judiciaire. Depuis le début 2026, 78 agents de la ville ont été sanctionnés dans les écoles parisiennes, dont 31 pour des suspicions de violences sexuelles. Le nouveau maire, Emmanuel Grégoire, a affirmé que lutter contre ce fléau était pour lui « une priorité absolue ». Fort bien. Mais il faut noter qu’il n’a pas fait grand-chose lorsqu’il était Premier adjoint d’Anne Hidalgo. Les 14 000 animateurs parisiens sont, dans leur grande majorité, des vacataires payés au lance-pierre. Et depuis longtemps les syndicats et parents d’élèves demandent des mesures, notamment financières, pour professionnaliser une filière largement précarisée, un meilleur contrôle du recrutement et la création d’équipes mixtes.