Nos vies valent plus que leurs profits

Safran Mantes : la souveraineté n’est pas le moteur de l’emploi

Une fermeture d’usine d’ici 2030, 112 salariés sur 420 sans solution de reclassement (sans parler des 80 intérimaires), c’est l’actualité à Safran Mantes, à quelques kilomètres de Stellantis Poissy.

Pourtant, la production de commandes et actionneurs, spécialité de l’usine, doit prendre beaucoup d’ampleur selon l’entreprise Safran Electronics & Defense (SED) qui a récemment fait l’acquisition des activités de Collins Actuation à Saint-Ouen-l’Aumône et Saint-Marcel. Objectif : attirer la clientèle des grands avionneurs civils : Airbus, Boeing, Comac et Embraer. Une petite partie des salariés de Mantes serait transférée à Saint-Ouen-l’Aumône ; la plus grande partie à Saint-Marcel, plus orienté vers la production militaire.

En annonçant l’arrêt d’activité mi-avril, la direction annonçait un maintien total de l’emploi au sein de Safran. Deux mois après, rien de neuf pour 112 salariés sans solution ; 150 salariés s’étaient mis en grève le 28 mai pour dénoncer cette situation. D’autant plus écœurés qu’ils ont l’impression de faire les frais de l’achat de Collins : un gros achat symbolique, puis on dégraisse ?

Le Syndicat FO, majoritaire, se contente d’accuser les délocalisations et dénonce une prétendue perte de souveraineté. Dans le même temps, face aux licenciements dans l’automobile, le secrétaire de FO Métaux, Valentin Rodriguez, vante les mérites pour l’emploi et les salaires de l’industrie de défense.

Mais supplier et cajoler patrons et politiques pour maintenir l’emploi en France au nom de la souveraineté industrielle et de l’intérêt national ne mènera pas loin. Ce n’est pas la concurrence des travailleurs britanniques, marocains ou indonésiens qui menace les emplois, mais l’exploitation et les gains de productivité : surtout dans la défense ! La fermeture programmée de Mantes soulève d’ailleurs aussi des questions chez les salariés d’autres sites SED et suscite des comparaisons avec l’automobile, même si on est encore loin d’une explosion de colère.

Même dans la défense, les salariés devront se battre pour les salaires, contre les licenciements et contre la hausse des cadences. En se tournant vers d’autres, à Stellantis par exemple, pour revendiquer ensemble un niveau de vie décent, un droit à l’emploi, et pourquoi pas une subordination de l’industrie aux besoins des travailleurs et non aux profits des marchands de guerre ?

Correspondant