
Quatre jours après le séisme d’une magnitude de 7,5 qui vient de dévaster la ville de La Guaira et une partie de la région de Caracas, le bilan est déjà de près de 1 500 morts et l’ONU chiffre autour de 50 000 le nombre de disparus. Des milliers de personnes sont à la rue et une bonne partie des infrastructures de la région ont été réduites en poussière. Dans ce pays déjà dévasté par une crise sociale, économique et institutionnelle aiguë, tout le monde sait déjà que le bilan humain et matériel payé par le peuple vénézuélien sera considérable.
Dans ce pays, pourtant riche puisqu’il dispose des plus importantes réserves de pétrole au monde, le système de santé était à terre bien avant le tremblement de terre. Dans les hôpitaux, il manque 80 % des fournitures médicales de base et des médicaments. Les patients qui viennent se faire soigner à l’hôpital public doivent, eux-mêmes, apporter le matériel (cathéters, sondes, pansement…) et les médicaments pour se faire opérer. Impossible dans ces conditions de prendre en charge le flux de blessés qu’a engendré le séisme. Les engins de déblaiement sont quasi inexistants. La coordination des secours est chaotique si bien que quatre jours après le drame, des milliers de personnes sont encore enfouies sous les immeubles effondrés et les chances de survie s’amenuisent d’heure en heure.
Les effets de cette catastrophe naturelle sont évidemment exacerbés par la pauvreté déjà existante, l’absence de services publics efficaces, l’effondrement du système de santé, tout cela dans un contexte d’autoritarisme et de corruption. L’intervention militaire américaine du 3 janvier dernier, loin d’améliorer le sort de la population, n’a fait que renforcer cette situation. Imposant un régime de tutelle au gouvernement intérimaire de Delcy Rodriguez, le gouvernement Trump a confisqué les revenus du pétrole, n’en laissant que quelques miettes à ce pseudo-gouvernement vénézuélien gangréné par la corruption.
Sans doute que Trump perçoit ce tremblement de terre comme un petit caillou dans sa chaussure, l’obligeant à mettre 150 millions d’euros d’aide sur la table pour remettre en ordre un territoire qu’il se glorifiait de contrôler depuis « la grande victoire remportée » et l’arrestation fracassante de Maduro. Alors que, depuis son arrivée au pouvoir, Trump a restreint au maximum l’aide humanitaire, cette aide au Venezuela peut apparaître comme une entorse à sa politique. À moins que l’administration Trump n’y voie une occasion à la fois de détourner l’attention focalisée sur le Moyen-Orient et l’échec militaire face à l’Iran et d’assoir la légitimité de cette tutelle impériale sur le Venezuela y compris en y renforçant sa présence militaire.
Alors que l’urgence est à l’évidence l’acheminement de l’aide matérielle des moyens de déblaiement, de l’aide humaine de secouristes et de l’aide alimentaire, le gouvernement de Delcy Rodriguez semble avant tout préoccupé par son image et veut donner l’impression de pouvoir contrôler la situation. Ainsi, le gouvernement promulgue des décrets de restriction de l’accès des zones touchées, provoquant la colère de tout un peuple qui tente d’apporter son aide aux sinistrés.
Dès les premières heures après le séisme, un élan de solidarité s’est déployé de la part de toute la population vénézuélienne. Sachant le gouvernement et les institutions actuelles incapables d’affronter une telle catastrophe, ils ont tenté de s’organiser eux-mêmes pour apporter les premières aides matérielles, alimentaires et humaines pour aider à sortir les victimes des décombres. Les images de milliers de personnes à moto transitant vers la zone du séisme, chargées de vivres ou de matériel témoignent de cette solidarité. Ce sont ces initiatives spontanées de solidarité que le gouvernement de Delcy Rodriguez cherche à stopper pour en reprendre le contrôle de manière autoritaire.
Les travailleurs et travailleuses vénézuéliens ont pourtant bien raison de vouloir, eux-mêmes, organiser et contrôler l’aide, la solidarité et la reconstruction qui les attend et qui ne doit pas être laissée aux mains et à l’appétit vorace des impérialistes.
Dominique Payot