Nos vies valent plus que leurs profits

Vers une nouvelle Françafrique ?

Samedi 25 avril, le groupe djihadiste GSIM assassinait le ministre malien de la Défense. Le lendemain, la ville de Kidal (au nord du pays) était prise par l’alliance du GSIM et du Front de libération de l’Azawad (FLA, mouvement séparatiste touareg). Au centre même du pays les troupes du GSIM s’imposent, vivant de rançon sur la population. Elles se trouvent maintenant aussi aux portes de la capitale, Bamako, dont elles bloquent les accès. Les troupes du colonel Goïta, au pouvoir depuis 2020, ainsi que l’Africa Corps russe, auquel le régime malien avait fait appel pour les soutenir, semblent incapables d’enrayer leur offensive.

Macron, dimanche dernier, a osé en conclure que les autorités maliennes n’ont pas pris « la meilleure décision » en exigeant le départ de l’armée française, qui y a combattu une insurrection djihadiste jusqu’en 2022. Mais s’il est un pays dont le chaos actuel est un exemple de l’héritage colonial français, c’est bien le Mali ! Si l’indépendance officielle a mis un terme au pillage colonial direct, l’économie malienne est restée dominée par la France, qui a soutenu tous les régimes corrompus pour les profits des Bouygues et des Bolloré. Les opérations militaires françaises Serval et Barkhane ont été menées de 2013 à 2022, prétendument pour enrayer le développement de groupes séparatistes armés : mais ceux-ci n’ont recruté que grâce à la misère due au pillage, dans ces pays où les découpages ont été tracés à la règle entre colonisateurs au mépris des peuples.

Concurrence entre prédateurs

« Africa Forward », c’est le nouveau nom donné par Macron à la politique africaine de la France à l’occasion de son arrivée à Nairobi, au Kenya, à l’est du continent. Tout sourire, il s’est dandiné au milieu de quelques danseuses africaines accompagnant la cohorte de politiciens et leurs gardes du corps pour l’ouverture du sommet d’une Françafrique nouvelle mouture. « Je n’ai jamais pris l’Afrique francophone comme étant un pré carré », a gloussé Macron. Comprendre : la vieille Françafrique est morte, celle dont la France s’est fait en partie déloger au Mali, au Burkina Faso, au Niger… Vive la nouvelle Françafrique : il y a du pétrole, de l’or, du coltran et de multiples minerais en vogue à puiser dans les ex-colonies des autres, là où les rapaces de l’industrie française ont pris quelque retard.

C’est le cas au Congo (ex-belge) et à sa frontière avec le Rwanda où Macron, à l’automne dernier, tentait de se glisser en médiateur, aux côtés des États-Unis, dans une guerre encore pire que celle du Mali entre les cliques militaires qui contrôlent les mines, et où TotalEnergies est devenu actionnaire de la construction d’un important barrage hydro-électrique. C’est le cas au Mozambique (ex-colonie portugaise), où Total a mis en route un colossal projet d’exploitation de gaz. Et au Kenya (ex-empire britannique), même s’il est moins riche en ressources, où le nombre d’entreprises françaises est passé de 35 en 2012 à 140 aujourd’hui, dans l’énergie, l’agroalimentaire ou l’hôtellerie. La compagnie maritime CMA-CGM a profité du sommet pour signer un contrat d’implantation d’un terminal portuaire pour grand porte-conteneurs au port kenyan de Mombasa, sur l’océan Indien.

23 milliards d’euros de nouveaux investissements en Afrique, promet Macron. Combien de milliards de dividendes prévus en retour ? Un des prédateurs impérialistes déménage, dont le pillage a engendré et engendre toujours la misère et les guerres que connait l’Afrique.

Olivier Belin