Nos vies valent plus que leurs profits

La santé des femmes, sacrifiée sur l’autel de l’austérité dans la santé

Partout en France, des maternités ferment. Les temps de trajet augmentent, condamnant les femmes à accoucher parfois dans les voitures ou sur les parkings. Ou aux urgences, faute de place dans les services. Les centres d’IVG sont jugés non rentables car insuffisamment remboursés par la Sécurité sociale : les délais s’allongent, restreignent les choix des femmes, conduisent parfois même à un renoncement. Quant aux centres de procréation médicalement assistée, même si Macron en fait la pub dans sa lettre pour le « réarmement démographique », ils sont déjà complètement dépassés. La situation est encore pire en Outre-mer : en Guyane, par exemple, les centres de PMI, premier maillon de la santé des femmes, ne fonctionnent plus faute de moyens et de soignants, laissant les femmes sans contraception, sans suivi de grossesse et sans accompagnement post-partum. La mortalité maternelle et infantile y est plus de trois fois supérieure à celle de l’Hexagone.

Mais c’est aussi la politique de déremboursement qui frappe le plus durement les femmes. Le gouvernement vient d’augmenter les forfaits urgences et hospitaliers de 20 à 23 euros (15 à 17 euros en psychiatrie), la participation forfaitaire aux actes coûteux passera de 24 à 32 euros, et les tarifs journaliers de prestations augmenteront de 5 %. C’est priver de soins les plus vulnérables et condamner tous les autres à une hausse à venir des cotisations aux complémentaires santé. Les « familles monoparentales » étant quasiment toujours des mères célibataires, l’augmentation du reste à charge, y compris pour un simple passage aux urgences pédiatriques, va forcément peser avant tout sur les travailleuses. Sans compter que le gouvernement vient de franchir un cap dans l’abject en durcissant les conditions d’accès à l’AME, seul recours aux soins pour les personnes étrangères en situation précaire, dont une très grande proportion de femmes qui pour beaucoup ont déjà vécu l’enfer.

Les femmes sont également les plus touchées par les problèmes de santé mentale – soi-disant « grande cause nationale », alors que les centres médico-psychologiques (CMP) sont chroniquement sous-dotés et surchargés. Mais aussi par le handicap et la perte d’autonomie liée à la vieillesse. Si la déconjugalisation de l’ allocation aux adultes handicapés (AAH) était une avancée notable, permettant aux femmes handicapées de moins dépendre de leur conjoint, son montant en 2026 reste indécent : 1 033 euros par mois, sous le seuil de pauvreté – un montant maximal, du reste, que presque personne ne touche. Quant aux femmes âgées, elles subissent de plein fouet la réforme des retraites, pendant que le secteur du maintien à domicile et des Ehpad est livré à la merci de la rapacité des capitalistes, au détriment des patientes, et des travailleuses qui y sont surexploitées.

Car, dans un secteur féminisé à plus de 90 %, toutes ces attaques frappent les femmes deux fois : en tant qu’usagères et en tant que travailleuses. Avec la pénibilité, les horaires à rallonge, y compris les nuits et les week-ends, les salaires de misère et le sous-effectif organisé par les directions, les travailleuses de la santé paient le prix fort de l’austérité des services publics. Sans oublier que les très mauvaises conditions de travail dégradent les soins et les relations avec les patients.

Alors notre féminisme à nous, c’est l’augmentation des salaires et des pensions, des embauches massives dans tous les services et l’accès aux soins gratuits et inconditionnels pour tous et toutes !

Blandine Chauvel

 

 


 

 

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