Nos vies valent plus que leurs profits

À la SNCF, des patrons licencieurs comme les autres

Petit coup de tonnerre à la SNCF : la direction vient d’annoncer le licenciement sec de vingt cheminots sur la ligne L de Paris-Saint-Lazare, quand bien même certains bénéficiaient du « statut cheminot » censé garantir la sécurité de leur emploi. Certes, cette sécurité était déjà toute relative, puisque la direction utilisait de plus en plus le motif « disciplinaire » pour licencier et qu’une partie de plus en plus importante des cheminots ne bénéficient pas de ce statut (dont tous les nouveaux embauchés depuis le 1er janvier 2020).

Le tort des vingt cheminots licenciés ? Avoir refusé leur « transfert » dans la filiale de la SNCF qui a gagné l’appel d’offre pour exploiter, à partir de décembre prochain, la ligne L du Transilien dans le cadre de l’ouverture à la concurrence du ferroviaire.

La direction cherche à transférer dans cette filiale 800 cheminots travaillant aujourd’hui, et parfois depuis des dizaines d’années, à Saint-Lazare… sans leur donner aucune garantie sur la future organisation du travail. La seule certitude, ce sont les menaces d’attaques distillées depuis plusieurs mois : augmentation de la durée du travail (jusqu’à une heure par jour) et du nombre de tâches pour les conducteurs (passage-nettoyage dans les rames, garage et manœuvres en technicentre…), gel des rémunérations, création d’un nouveau métier « à tout faire » ultra flexible pour remplacer les agents de gare et les contrôleurs…

Les cheminots qui ont refusé de signer un tel transfert à l’aveugle se voient aujourd’hui licenciés pour ceux qui travaillaient déjà plus de 50 % du temps sur la ligne L. Et ce en toute « légalité », puisque c’est une disposition opportunément offerte par l’État dans le cadre de l’ouverture à la concurrence. Celle-ci se montre de plus en plus pour ce qu’elle est : une entreprise coordonnée du patronat du transport pour attaquer les conditions de travail de tous les travailleurs du rail, tout en cherchant à les diviser entre entreprises ou même filiales internes à la SNCF.

Ces licenciements sont d’autant plus scandaleux que le sous-effectif est palpable sur toutes les lignes, et que ce ne sont pas les postes qui manquaient pour recaser les cheminots refusant leur transfert, ne serait-ce qu’à Saint-Lazare ! Mais la direction de la SNCF cherche à faire un exemple, la ligne L étant son laboratoire pour la prochaine ouverture à la concurrence de toutes les lignes d’Île-de-France.

Face à ces attaques, les cheminots de Saint-Lazare n’ont pas dit leur dernier mot. Depuis plusieurs mois, la résistance s’organise avec plusieurs journées de grève et la création de liens précieux entre les collègues concernés par le transfert. Avec la conscience qu’il n’y aura pas de porte de sortie individuelle, mais qu’il faudra se battre et s’organiser collectivement pour se défendre face aux attaques actuelles et futures de la direction, et à ses tentatives de division.

Correspondants