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Lyon : face à l’échec de sa politique répressive contre le trafic de drogue, la préfecture cherche des boucs émissaires !

La terrasse du Court-Circuit fermé, sur la place Mazagran à Lyon

 

 

Vendredi 24 avril, Lyon, fin d’après-midi ensoleillée. En temps normal, la terrasse du café-restaurant le Court-Circuit, situé sur la place Mazagran, serait remplie et joyeusement animée par les clients venus boire un verre dans la douceur printanière. Sauf qu’aujourd’hui, les chaises et les tables restent pliées et l’établissement porte close. Il a reçu, deux jours auparavant, l’arrêté préfectoral ordonnant sa fermeture administrative pour une durée de sept jours. Or, la fragilité des arguments avancés par la préfète du Rhône laisse penser qu’il s’agit d’une décision politique à l’encontre d’un bar coopératif, géré par ses propres salariés et perçu comme de gauche. Celui-ci avait d’ailleurs accueilli, en décembre dernier, la soirée de lancement de campagne du NPA-Révolutionnaires aux élections municipales de Lyon.

Depuis plusieurs mois, le Court-Circuit subissait pressions et menaces de la prefecture. Des policiers allant jusqu’à se plaindre, dans un rapport, de « ricanements en leur direction » (sic) provenant de la terrasse, alors qu’ils intervenaient sur la place Mazagran. Néanmoins, la préfète n’a pas retenu cet odieux outrage pour justifier sa décision. Elle reproche à l’établissement un tapage nocturne survenu sur sa terrasse plusieurs mois auparavant mais surtout de « couvrir » un trafic de drogue ayant lieu à ses abords, sur la place.

Pour le tapage nocturne, la police indique dans son rapport être intervenue alors que des clients attablés à l’extérieur chantaient et jouaient de la guitare. Le même rapport indique que ces dangereux délinquants ont immédiatement cessé leurs chants et rangé leurs instruments…

Concernant le trafic de stupéfiants, la terrasse du Court-Circuit n’occupe qu’une petite partie de la place Mazagran. La vente de drogue sur ce grand espace piéton situé au cœur du quartier de la Guillotière est un fait connu de tous : riverains, associations, mairie, police, presse, etc. Mais prétendre que le développement de cette activité est lié à la présence du bar ressemble plutôt à un aveu de l’échec de la stratégie répressive contre le trafic de drogue.

En effet, en plus de la terrasse, d’un jardin partagé et d’un parc pour enfants, la place Mazagran est aussi un lieu où se rassemblent de nombreuses personnes en situation de grande précarité, certaines migrantes ou sans-domicile fixe. Parmi elles, certaines vendent effectivement de la drogue. Depuis plusieurs années, la place vit au rythme des interventions de police qui ne changent rien à la situation. Les opérations donnent parfois lieu à de petites saisies ou à des interpellations mais le trafic demeure et les nuisances qui lui sont liées avec : altercations, cris, bagarres, etc.

Et comment s’en étonner ? Le commerce de drogues est très lucratif pour ceux qui le contrôlent. Les gros bonnets qui en tirent les ficelles profitent de l’exploitation à outrance d’une main-d’œuvre marginalisée, sans perspective d’insertion sociale. Parmi elles, les migrants que l’État refuse de régulariser sont de fait condamnés à se tourner vers le secteur informel pour survivre. Ils constituent une proie de choix pour les mafias organisatrices du commerce de la drogue. Comme les gouvernements successifs refusent de s’attaquer aux circuits financiers de blanchiment qui sont les mêmes qui servent aux capitalistes pour échapper à l’impôt, ils prétendent lutter contre le trafic de drogue en traquant les petites mains.

Face à l’échec de cette politique, la police et la préfecture du Rhône nagent en plein délire et entrevoient la collusion entre les petits dealers et le bar de gauche de la place. Un scénario dont on ne doute pas qu’il constitue un fantasme de choix pour les tenants de l’ordre et de la sécurité ! Mais, la préfète du Rhône ne peut s’appuyer que sur un unique rapport de police affirmant qu’un dealer aurait circulé entre les tables pour proposer sa marchandise. En réalité, les serveurs et serveuses du bar subissent tout autant que les riverains le trafic de drogue sur la place et sont bien impuissants à l’endiguer. À moins que la qualité de salarié de la restauration confère des pouvoirs de police ?

Peu importe, pour la préfecture, il faut bien trouver un responsable à l’échec de ses opérations anti-stups à répétition ! Et tant mieux si au passage elle peut fragiliser un bar-restaurant qu’elle perçoit comme de gauche et où une partie du milieu militant lyonnais a ses habitudes.

Hasard du calendrier, les salariés ont collectivement décidé de rouvrir les portes de l’établissement dès la fin de la fermeture administrative, le 1er mai. Les participants à la journée internationale de lutte des travailleurs et travailleuses savent où ils pourront se rafraîchir après la manifestation lyonnaise qui partira de la place Jean Macé à 10 h 30 !

Arthur Sylvestre