
« Tu es complètement fou […] tout le monde te déteste maintenant, tout le monde déteste Israël à cause de ça » aurait lancé Trump au téléphone à Netanyahou lundi 1er juin, énervé, a-t-il expliqué en confirmant son coup de fil rageur, que Netanyahou « fasse la guerre au Liban sans arrêt », risquant de saboter les négociations en cours entre les États-Unis et l’Iran.
Dimanche 6 juin, alors qu’Israël venait de bombarder à nouveau la banlieue sud de Beyrouth, le ton du parrain vis-à-vis de son allié était déjà plus modéré : Trump lui conseillait seulement des frappes « plus chirurgicales ». Feu vert donc une fois de plus à Israël en ce qui concerne le Liban. Trump lui demandant par contre de ne pas répondre aux quelques tirs de missiles (qui n’ont pas atteint leurs cibles) envoyés par l’Iran en solidarité avec son allié le Hezbollah libanais. En envoyant dans la nuit son aviation bombarder en Iran, sur Téhéran ainsi que sur un complexe pétrochimique au sud du pays, Netanyahou en rajoutait, ce qui fâchait à nouveau Trump. Le lendemain, le coup de grisou entre Israël et Iran se calmait. La guerre d’Iran est l’affaire des États-Unis. Mais Israël annonçait qu’il continuerait ses opérations au Liban.
Cette nouvelle escalade vient à peine quelques jours après la signature entre Israël et le gouvernement libanais, mercredi 3 juin à Washington sous la houlette des États-Unis et applaudi par Macron, d’un accord dit de cessez-le-feu. Pourtant, quand on regarde le contenu de cet accord, on ne peut que constater qu’il entérine déjà une bonne partie des ambitions expansionnistes d’Israël au Liban. On y trouve en premier objectif le retrait total du Hezbollah de la région au sud du fleuve Litani. C’est en réalité la zone d’où Israël déjà a fait fuir une grande partie de la population, rasé les villages et où il entend régner en maitre, voir plus tard coloniser, lors de cette guerre qui a fait plus d’un million de déplacés.
Devrait s’ajouter, au nord donc de ce fleuve qui pourrait devenir nouvelle frontière d’Israël, une autre région tampon, surnommée les « zones pilotes », où la population serait sous le contrôle de l’armée libanaise. Et pour renforcer cette armée, aujourd’hui faible et qui n’a jamais protégé les Libanais des raids militaires israéliens, l’Union européenne vient de décider une nouvelle tranche de 100 millions d’euros d’aide s’ajoutant au 82 millions qui ont déjà été accordés.
Le contrôle de la population, surtout dans les régions les plus pauvres du Liban, voilà ce que Macron et consort appellent « assurer la souveraineté du Liban », espérant que cela suffise à la fois à calmer les ambitions d’Israël, et à stabiliser, sous la houlette de la grande bourgeoisie libanaise, ce pays où jadis les affaires (notamment françaises) allaient si bien mais où la pauvreté a, il n’y a pas si longtemps (2019-2021), soulevé un profond mouvement social contre les élites, toutes communautés confessionnelles confondues, qui s’y partagent le pouvoir.
9 juin 2026. Olivier Belin