Nos vies valent plus que leurs profits

Plainte pour « traite des êtres humains » contre Uber Eats et Deliveroo

Photothèque Rouge / Copyright : Martin Noda / Hans Lucas.

Quatre associations de livreurs, la Maison des livreurs à Bordeaux, la Maison des coursiers à Paris et les associations d’aide aux livreurs Amal et Ciel, ont porté plainte le 22 avril contre les plateformes de livraison de repas Uber Eats et Deliveroo, qu’elles accusent de « traite d’êtres humains » par le travail. Uber Eats est en outre accusée de « discrimination ».

« Le modèle économique repose sur l’exploitation d’une main-d’œuvre très précaire, en grande partie immigrée, dans des conditions de travail indignes, pour des revenus de survie » indique Thibault Laforcade, avocat des associations. Le plus souvent, ces entreprises de livraison déguisent le salariat en micro-entrepreneuriat, sans contrat, privant les travailleurs de toute protection sociale. On dénombre actuellement entre 70 000 et plus de 100 000 livreurs, 98 % d’entre eux sont nés à l’étranger et 64 % sont sans titre de séjour. Ils travaillent en moyenne 63 heures par semaine pour 1 480 euros brut par mois. En outre plusieurs rapports médicaux, dont celui de Médecins du monde, pointent « une situation médico-sociale alarmante, étroitement liée à une mise en précarité administrative et socio-économique des livreurs et au dévoiement du statut d’auto-entrepreneur ». Beaucoup vivent dans des logements précaires.

Directement ou via des intermédiaires, les plateformes de livraison pratiquent à leur égard une forme d’esclavage moderne que le collectif espère faite condamner par les tribunaux et établir ainsi une jurisprudence. Il reste qu’au-delà des actions juridiques, qu’il est juste de mener, c’est bien par un mouvement national d’organisation et de lutte, de grèves et de manifestations, que les livreurs pourront arracher vraiment une amélioration de leur situation.

Michel Grandry