Face à la surpopulation des prisons, les gouvernements avancent toujours la même solution : construire davantage d’établissements pénitentiaires, un véritable marché dont bénéficient de grandes entreprises privées.
Un marché financé par l’argent public
Contrairement aux États-Unis, où certaines prisons sont entièrement gérées par des groupes privés, en France, la surveillance des détenus reste assurée par des fonctionnaires. Mais une grande partie de la vie quotidienne en détention est confiée au privé : restauration, blanchisserie, maintenance des bâtiments, nettoyage, travail pénitentiaire, formation professionnelle ou encore accueil des familles. Aujourd’hui, plus de la moitié des personnes détenues sont concernées par cette gestion déléguée, répartie dans 71 établissements sur 186. En 2020, plus de 323 millions d’euros ont été versés à des prestataires privés pour ces services, par exemple Sodexo ou Gepsa (une filiale d’Engie). Sodexo gère la restauration dans plusieurs centres pénitentiaires et emploie des détenus à des tâches logistiques, pour des salaires dont les minima sont bien inférieurs au Smic.
Le jackpot des partenariats public-privé
Mais c’est dans la construction et la gestion immobilière des établissements que se situent les véritables enjeux financiers. Depuis les années 2000, l’État a massivement recours aux partenariats public-privé (PPP) : les collectivités publiques mettent à disposition le terrain et définissent les besoins, tandis que les groupes privés financent la construction, conçoivent les bâtiments et assurent leur maintenance sur plusieurs décennies. En échange, l’État verse un loyer annuel sur des périodes pouvant atteindre 25 à 30 ans.
Ce modèle a ouvert la voie à un marché particulièrement lucratif pour quelques grands groupes du BTP. En 2017, la Cour des comptes estimait à 2,1 milliards d’euros le pactole représenté par les contrats de PPP pénitentiaires, partagé entre quatre géants du BTP : Bouygues, Eiffage, Spie Batignolles et Vinci.
La prison est une rente, sécurisée par l’État, qui repose sur l’existence d’une population carcérale enfermée en grande majorité pour des faits liés à la pauvreté. Plus la misère produit de prisonniers, plus les grands groupes du BTP et des services engrangent de profits.
La prison n’est donc pas seulement un outil de répression. Elle est aussi devenue un secteur économique à part entière, où l’enfermement des plus pauvres se transforme en opportunité de profit pour le capital.
Martin Eraud