Nos vies valent plus que leurs profits

Quand la bourgeoisie voit rouge

Si, dans les pays dits démocratiques, la répression étatique passe généralement par de longues procédures judiciaires avant de recourir à l’emprisonnement, il y a de nombreux cas où l’État ne s’embarrasse pas de ces formalités. Il existe en effet tout un arsenal juridique qui permet de recourir aux incarcérations expéditives. Elles visent souvent les jeunes des quartiers populaires, en particulier ceux issus de l’immigration. Outre les peines complètement disproportionnées prononcées par les tribunaux, de nombreux innocents se retrouvent derrière les barreaux. C’est le lot commun des jeunes Noirs américains, considérés par l’État comme des délinquants en puissance, et persécutés par la justice au nom de la guerre contre la drogue.

Ces méthodes sont souvent utilisées face à des mouvements de contestation, afin de briser et décourager les têtes qui dépassent, mais aussi d’intimider tous ceux qui pourraient être tentés de se révolter.

La France n’échappe pas à cette règle, bien au contraire ! Le mouvement des Gilets jaunes, ou encore les émeutes qui ont suivi la mort de Nahel, ont donné lieu à des centaines d’emprisonnements de manifestants, généralement jugés en comparution immédiate. Le vol d’une canette, voire la simple présence à un rassemblement, pouvait suffire à passer quelques mois en prison.

Dans le même temps, les policiers qui ont éborgné des Gilets jaunes à coup de LBD ou de grenades envoyées en tir tendu, et même celui qui a tué Nahel, bénéficient d’une totale impunité.

Quand la bourgeoisie et son État sont inquiets, à fortiori quand ils se sentent menacés dans leur existence, ces pratiques prennent des proportions bien plus grandes. En Iran, lors de la révolte qui a secoué le régime il y a quelques mois, en plus des 30 000 manifestants massacrés, des milliers de personnes croupissent désormais en prison – et les exécutions ne s’interrompent pas, à l’abri de la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran. C’est vrai aujourd’hui, ça l’était hier : un des actes de naissance de la Troisième République en France n’a-t-il pas été, après le massacre de la Semaine sanglante, l’envoi de 40 000 communards dans les bagnes de Kanaky ?

Qu’ils se présentent comme démocratiques ou soient des dictatures assumées, les États utilisent les prisons comme instrument privilégié de la répression contre les classes populaires.

Robin Klimt

 

 


 

 

Sommaire du dossier du numéro 59 de Révolutionnaires