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Iran, Liban : situation et perspectives après les premiers accords

Plus de 1 000 morts en Iran selon certaines sources, plus de 3 600 selon une association de défense des droits humains, des destructions considérables dans les villes, plus de 4 000 morts et 16 000 blessés au Liban : c’est le bilan sans doute partiel, des guerres menées par Trump et Netanyahou. Dans les deux pays, les destructions de logements, d’usines, d’infrastructures de transport, d’énergie, de communication, ont forcé le déplacement de dizaines de milliers de personnes et mis à l’arrêt une grande partie de l’économie et des services publics.

Offensive anti-ouvrière en Iran

En Iran, la facilitation des licenciements dans tout le pays (entre 2 et 4 millions d’emplois ont été supprimés et 30 à 50 % sont encore menacés) permet aux patrons d’accentuer la pression contre toute contestation ouvrière, d’imposer les heures supplémentaires, les augmentations de cadences, de différer le versement des salaires, de suspendre les primes.

Au cœur de la pétrochimie, dans la zone économique spéciale de Mahshahr (région arabe du Khouzistan), les entreprises prétextent des bombardements d’avril dernier, et du caractère « confidentiel » de l’ampleur des dégâts, pour licencier hors même de tout cadre légal. La majorité des travailleurs privés d’emploi le sont aussi d’assurance chômage.

Les dirigeants du régime s’enrichissent toujours et sèment la terreur, avec leurs milices, les arrestations et exécutions d’opposants… Début juillet, ils ont utilisé les cérémonies d’hommage au guide suprême Ali Khamenei comme démonstration de force en mobilisant plusieurs millions de personnes, tout en exagérant considérablement les chiffres de la participation aux rassemblements.
Le pouvoir s’est surtout recomposé autour de son noyau dur, celui des Gardiens de la révolution. Il n’en est pas moins divisé, notamment concernant les accords avec Trump, mais aussi la redistribution entre les secteurs de la classe dominante des responsabilités et de l’accès à la manne financière et rentière qui s’ouvre avec les nouveaux accords.

La paix entre Téhéran et Washington est sans doute instable. Elle dépendra en grande partie de rapports de force internationaux, au Moyen-Orient en au-delà. Mais la trêve pourrait néanmoins permettre une remobilisation de la classe ouvrière et de la jeunesse.

Menace de guerre civile au Liban

L’accord-cadre signé à Washington le 26 juin entre Israël et le Liban, outre qu’il prévoit (dans son article 13) l’impunité des crimes de guerre israéliens, conditionne au désarmement complet du Hezbollah le retrait israélien et le retour des déplacés. Il fait du gouvernement libanais un outil de mise en œuvre des exigences de Netanyahou.

Après en avoir assassiné les principaux dirigeants en 2024, l’armée israélienne n’a pas réussi à détruire le Hezbollah. Celui-ci a reconstitué une partie de ses capacités, notamment sa flotte de drones, qui lui a permis d’infliger quelques dégâts aux forces israéliennes. Ce serait donc au gouvernement de Beyrouth de faire le sale boulot.

Malgré des critiques, notamment pour avoir relancé la guerre, d’autant qu’il n’a plus la même capacité à indemniser les victimes des bombardements et à venir en aide aux déplacés, le Hezbollah garde une assise et une légitimité dans la population chiite du Sud-Liban. Il n’est certainement pas prêt à rendre les armes. Une offensive du gouvernement contre lui reviendrait ainsi à relancer une guerre civile, comme celle que le pays a connu entre 1975 et 1990. Netanyahou, Trump ou Macron se préparent sans doute déjà à y intervenir pour défendre leurs champions – gouvernement officiel ou milices.

Jean-Baptiste Pelé