Nos vies valent plus que leurs profits

Iran : pas de libération sous les bombes

Entre le 28 février et le 8 avril 2026, les frappes des États-Unis et d’Israël ont tué au moins 1 700 civils, en ont blessé plus de 10 000 et ont détruit plus de 90 000 habitations, 750 écoles et 300 centres de soins… Les abris et hébergements collectifs sont surpeuplés, les populations déplacées sont plongées dans la précarité, notamment les femmes et les immigrés afghans.

Un régime qui tient

Le régime ne s’est pas effondré. Il a su mener une guerre asymétrique, en envoyant des missiles et des drones sur Israël et les États du Golfe alliés de Washington, en mobilisant ses alliés régionaux (Hezbollah libanais, Houthis du Yémen, milices chiites irakiennes) et, surtout, en utilisant le détroit d’Ormuz pour faire monter la pression internationale.

La mort du guide suprême, Ali Khamenei, et d’un nombre important de dirigeants politiques et militaires n’a pas coupé sa chaîne de commandement. Les gardiens de la révolution, groupe à la fois paramilitaire et financier, qui a la main sur les secteurs clés de l’économie, ont le contrôle quasi total de l’État avec un « conseil militaire » qui remplace de fait le nouveau guide, Mojtaba Khamenei (invisible depuis sa nomination), le président et les ministres.

Le régime a mobilisé ses troupes et partisans dans des manifestations et autres chaînes humaines autour des éventuelles cibles militaires dans les principales villes. Il prétend pouvoir compter sur 14 millions de volontaires prêts à jouer les boucliers humains. Bien difficile de savoir quelle assise il lui reste dans la population ou si la guerre lui a ou non redonné du crédit. Mais en tout état de cause, c’est cette base qui occupe désormais les rues.

Surtout, les masses opposées au régime, occupées à survivre, savent ce qu’elles risquent à s’exprimer dans ce contexte de pressions à l’unité nationale et de répression (voir l’éditorial de ce numéro). Beaucoup craignent que la République islamique sorte renforcée de la guerre, et savent bien à quoi s’en tenir quant aux discours de Trump sur l’arrivée de la démocratie.

Mais une crise qui peut revenir

Pour autant, l’assassinat d’Ali Khamenei a révélé des faiblesses du régime, incapable d’assurer sa propre sécurité malgré des moyens considérables… Tout comme il a été incapable de faire taire les cris de joie à l’annonce de la mort du guide.

Malgré ses prétentions anti-impérialistes, la bourgeoisie liée au régime reste dépendante de la rente pétrolière et de ses alliances avec des puissances rivales des États-Unis. C’est même là-dessus que Trump comptait probablement pour trouver, à la tête de l’État ou de l’armée, des dirigeants de rechange qui feraient basculer le régime en sa faveur, tout en maintenant la dictature.
Les causes des révoltes et des grèves de la classe ouvrière, de la jeunesse, des femmes et des minorités nationales opprimées de ces dernières années, l’inflation, les pénuries, les bas salaires – voire leur non versement –, restent plus que jamais d’actualité. Toutes les évolutions du pouvoir, même sa transformation en franche dictature militaire, ne mettront pas fin à la colère.

Jean-Baptiste Pelé