Nos vies valent plus que leurs profits

Brèves

L’actualité en bref

Le gouvernement a annoncé des mesures d’économies supplémentaires pour compenser l’effet de la guerre au Moyen-Orient dont l’impact est estimé par Bercy entre 4 et 6 milliards d’euros. Sont notamment pointés du doigt la hausse des taux d’intérêt et de la charge de la dette. Sur ces six milliards, quatre concerneront les dépenses civiles des différents ministères et deux le budget de la Sécurité sociale. Ces mesures toucheront l’ensemble de la population sauf… les très riches qui échappent à nombre d’impôts, le gouvernement se refusant toujours de les faire passer à la caisse. Quant aux superprofits des entreprises, pas question non plus d’y toucher. Une nouvelle dose d’austérité pour les classes populaires.

Au moment même où Lecornu faisait ses annonces d’économie budgétaire, les députés entamaient l’examen en commission d’une révision de la loi de programmation militaire 2024-2030 qui prévoit une augmentation de 36 milliards du budget de l’armée. Dès le départ le gouvernement avait fait savoir que les parlementaires pourraient discuter des points de détail du texte mais qu’il était hors de question de revenir à la baisse sur le montant alloué, la défense étant devenue « la priorité des priorités »… avant l’école, la santé ou les autres services publics. Encore une fois l’austérité est pour tout le monde… sauf pour les riches et les galonnés.

Bruno Retailleau, président des Républicains et candidat à la prochaine élection présidentielle, s’est emporté lorsqu’on lui a demandé sur la chaîne LCI de réagir à la décision du Premier ministre espagnol, Pedro Sánchez, de régulariser 500 000 sans-papiers. L’ancien ministre de l’Intérieur, bien connu pour sa hargne anti-migrants, a alors déclaré : « On ne peut pas supporter la régularisation massive telle que M. Sánchez la fait » et de poursuivre qu’il fallait mettre l’Espagne « au ban des nations européennes » et, en attendant, fermer la frontière. Pendant qu’il y est, il pourrait demander l’arrestation de Sánchez, l’envoi de troupes d’élite pour bloquer les cols des Pyrénées, voire l’interdiction de la paella dans les restaurants et les cantines scolaires. Si un tel « patriote » arrive demain à l’Élysée, tous et toutes aux abris !

À l’initiative de l’Union juive française pour la paix, une organisation laïque, universaliste et anti-sioniste s’opposant à l’occupation des territoires palestiniens par Israël, une plainte pour « complicité de crimes de guerre » et « complicité de crimes contre l’humanité » visant principalement la société française FedEx Express FR, filiale hexagonale du géant américain Fedex, a été déposée auprès du parquet national anti-terroriste. Elle tend à confirmer qu’à partir du terminal qu’elle possède au sein de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, FedEx Express FR exporte régulièrement du matériel militaire vers Israël. Contrairement aux affirmations du gouvernement, ces exportations d’armes n’ont jamais cessé. Et si la plainte n’y mettra sans doute pas fin elle permettra peut-être d’exposer au grand jour l’hypocrisie de Paris dans ce domaine.

Un sexagénaire a été arrêté après avoir tiré à la carabine à plombs sur un groupe d’enfants qui jouaient au ballon dans la commune d’Espaly-Saint-Marcel. Accusé de harcèlement raciste par ses voisins, le mis en cause a crié « dehors les Noirs et les Arabes » avant de passer à l’acte. La dizaine d’enfants, âgés de 6 à 11 ans, visés par le tireur, se sont réfugiés chez une voisine dans le quartier populaire de l’Arbousset. Une plainte a été déposée au commissariat du Puy-en-Velay et l’homme placé en garde à vue puis libéré. Il fait l’objet d’une « convocation par officier de police judiciaire pour des faits de violence avec arme ». La police affirme que ses propos racistes « n’ont pas été évoqués par les témoins et les victimes » alors même qu’une vidéo consultée par quotidien local, Le Progrès, montre l’individu lançant : « Je suis raciste et je suis fier d’être raciste. Je le dis haut et fort. » La veille de l’attaque à la carabine, une femme s’était rendue au commissariat « afin de porter plainte contre son voisin pour injures racistes ». Sa plainte n’avait pas été enregistrée et on lui avait demandé « de repasser dans la semaine, en raison des effectifs réduits le week-end ». Quant à la maire divers droite de la commune elle se refuse à parler de racisme mais reconnait « un homme à problèmes ». Un fait divers qui montre à la fois l’emprise du racisme et l’indifférence et la passivité des autorités à l’égard du phénomène.

Les adhérents du parti Les Républicains (LR) ont plébiscité à 73 % des voix leur président, Bruno Retailleau, pour être candidat à l’élection présidentielle de l’an prochain. Une consultation qu’il avait organisée lui-même pour être certain de l’emporter. Mais pas sûr qu’elle lui serve à grand-chose. Au sein de son propre parti ses concurrents potentiels – Michel Barnier, Jean-François Copé, Laurent Wauquiez et autres Xavier Bertrand – se sont bien gardés de le féliciter et attendent leur heure. Et à l’extérieur de la formation de l’ancien ministre de l’Intérieur, les Édouard Philippe, Gabriel Attal, Dominique de Villepin ou Jordan Bardella sont bien décidés à lui faire la peau d’une façon ou d’une autre. Sans même parler des sondages qui lui sont calamiteux. Bref, les crocodiles continuent de s’agiter dans le marigot de la droite et de l’extrême droite.

C’est Mediapart qui donne l’information. Le groupe Elior-Derichebourg, un des leaders mondiaux de la restauration collective et des services de nettoyage aux entreprises (près de 180 000 salariés à travers le monde pour un chiffre d’affaires de 6 milliards d’euros) a lancé un ultimatum à ses salariées portant un foulard : le retirer ou être licenciée pour faute grave. La direction nie une discrimination généralisée à l’égard de ces femmes et affirme sans rire que ces mesures concernent « seulement quelques procédures individuelles ». Elle a cependant présenté son ultimatum comme une mesure disciplinaire, justifiant le licenciement par une faute grave liée au non‑respect de la politique vestimentaire de l’entreprise. Mais elle se refuse à donner des chiffres précis sur le nombre de salariées concernées. Encore une fois des travailleuses musulmanes (ou supposées telles) sont prises pour cible d’une politique discriminatoire.

Le milliardaire américain Elon Musk devrait être entendu en audition libre par le parquet de Paris dans le cadre d’une enquête sur les éventuelles violations par sa plateforme X de la législation concernant notamment les deepfakes sexuels, c’est-à-dire des montages ultra réalistes, à caractère sexuel, sans le consentement des victimes, et la diffusion d’images pédopornographiques. Ce dernier ne s’est pas présenté mais a tenu à dénoncer « une attaque politique ». En février dernier il avait déjà qualifié « d’attardés mentaux » les magistrats qui avaient diligenté une perquisition des locaux parisiens de son réseau X. Dans cette affaire, l’homme le plus riche du monde a reçu le soutien du ministère américain de la Justice qui a estimé que les poursuites engagées contre lui étaient des atteintes « intolérables » à la liberté d’expression. D’autres parquets européens ont lancé des enquêtes allant de la même sens. Mais jusqu’à présent, fort de ses centaines de milliards d’euros et du soutien de l’administration Trump, Elon Musk ignore superbement les juges.

Le Premier ministre, Pedro Sánchez, a annoncé que l’Espagne allait officiellement demander à l’Union européenne de rompre ou de suspendre l’accord d’association avec Israël pour protester contre les massacres commis par l’État sioniste à Gaza, en Cisjordanie, au Liban et en Iran. Ce traité, signé en 1995 et entré en vigueur en 2000, établit notamment une zone de libre-échange pour la plupart des biens, notamment industriels et agricoles. Il comporte une clause, l’article 2 du texte, qui indique explicitement que le partenariat repose sur « le respect des droits de l’Homme et des principes démocratiques ». Et, pour Sánchez, un gouvernement « qui viole le droit international […] ne peut être partenaire de l’Union européenne ». Ce qui lui a valu aussitôt d’être accusé « d’antisémitisme » par le chef de la diplomatie israélienne Gideon Saar. Pour le chef du gouvernement espagnol il s’agit surtout d’une posture qui a fort peu de chances d’être suivie d’effet. En effet la suspension de cet accord nécessiterait l’approbation d’une majorité d’États membres. Et on est très loin du compte, d’autant plus que deux des principaux, la France et l’Allemagne, s’opposent à toute sanction à l’égard de l’État hébreu, et ce depuis des années. De leur part, une manière implicite de soutenir sa politique criminelle.