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Hiver 2024 dans le 93 : une grève historique

En février et mars 2024, le département de Seine-Saint-Denis (93) a connu une puissante mobilisation dans les écoles, collèges et lycées.

Un plan d’urgence combatif…

Cette grève avait été préparée pendant plusieurs mois par une intersyndicale FSU-CGT-Solidaires-CNT. Un plan de revendications « d’urgence » avait été construit à partir des données recueillies dans les salles des profs : 5 200 créations de postes d’enseignants, 175 de CPE, 650 d’AED, pas plus de 20 élèves par classe, et une rénovation urgente du bâti. L’intersyndicale avait appelé à se mettre en grève « à partir du 27 février ». Ce jour-là et le lendemain, c’est 45 % du personnel enseignant et de vie scolaire du département qui a fait grève, et dans plusieurs villes des AG de bassin ont permis de reconduire la grève les jours suivants.

… qui a rencontré la mobilisation contre les « groupes de niveau »

Au même moment, le ministre de l’époque, Gabriel Attal, annonçait la mise en place de « groupes de niveau » dans les collèges – une véritable mesure de tri social qui a suscité la révolte des profs comme des parents. Dans plusieurs communes, des réunions d’information auprès des parents réunissaient par centaines le personnel et les usagers des écoles, ce qui donnait un carburant et un caractère de classe particulier à la mobilisation.

…mais qui est resté limité par la politique même de l’intersyndicale

Cette puissante grève du 93 a rencontré des échos bien au-delà du département et des mobilisations ont commencé à essaimer à Paris, dans le 94, et surtout dans le 95, notamment à Garges-lès-Gonesse. Le 7 mars, une AG à la Bourse du travail de Paris réunit plusieurs centaines de grévistes des différents départements aux cris de « 93-95, même combat ! » Malheureusement, au lieu de chercher à agréger et développer la mobilisation dans les autres départements, l’intersyndicale 93 est restée arc-boutée sur la revendication d’un plan d’urgence « pour le 93 », demandant à être reçue en audience au ministère. Rejetant ce faisant toute coordination avec d’autres équipes grévistes hors de « son » département.

Au lieu de donner de la force à la grève, cette politique a conduit le 93 à l’isolement, alors que les grévistes à regrouper ne manquaient pas ailleurs en région parisienne et au-delà. Un appel du 93 aux autres départements n’aurait pas déclenché les mobilisations ailleurs, mais aurait permis de soutenir celles qui existaient déjà, en donnant à la lutte du 93 une perspective nationale.

Deux ans après cette grève, ses enseignements restent d’actualité : un plan de revendications combatif, appuyé sur un vrai travail de mobilisation, pourrait rencontrer l’écho des collègues bien ailleurs, à condition de s’en fixer l’objectif.

Aurélien Perenna

 

 


 

 

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